mardi 11 novembre 2008

P. 83. Les Justes qui ont sauvé les petits Gécils


Paule et Pierre Gécils n’ont jamais oublié qu’ils doivent la vie au courage et au dévouement des familles Prévost, Dupâquier et Mauger.

Alors que se dépandent des rumeurs de suppression de la Journée nationale des Justes de France (pour cause de "communautarisme" ?!?), dix nouveaux Justes parmi les Nations sont honorés ce 12 novembre à l'Hôtel de Ville de Paris.
A propos de cette cérémonie exceptionnelle (mais elles le sont toutes, quels que soient les noms de ces Justes, leur nombre et le cadre de l'hommage ainsi rendu), veuillez aussi consulter les pages 79 à 82.

Alors que la Shoah devait et voulait les emporter, voici comment les petits Gécils y échappèrent grâce à des Français aussi désintéressés que modestement héroïques :

- "Rachmiel Gécils, né en 1908 dans le quartier juif de Vilnus, quitte la Lithuanie pour la France en 1933, fuyant l’antisémitisme.
Laja Gurfinkiel, née en 1907 dans le ghetto de Varsovie, d’une famille de 11 enfants, fuit la misère et l’antisémitisme pour arriver à Paris dans les années 30, après avoir séjourné en Belgique avec sa sœur.
Une société de jeunes juifs originaires d’Europe de l’Est permet leur rencontre. Ils se marient en 1938.
Le jeune couple s’installe dans un petit appartement au 38, rue d’Hauteville, Paris 10 ème. Rachmiel est peintre en bâtiment, peintre en lettres et dessinateur.


Dans la France occupée, leur fils Pierre naît le 31 décembre 1941. Les lois anti-juives ont commencé à sévir, et les Gécils sont identifiés comme juifs avec le tampon rouge apposé sur leurs papiers d’identité.
Survient la rafle du Vel d’Hiv en juillet 1942. La famille est sauvée une première fois grâce à une femme de policier, résistante, venue les prévenir.


A cette époque, Rachmiel, grâce à ses talents de dessinateur, parvient à maquiller le tampon JUIF sur leurs cartes d’identité.
Mais leurs ressources sont réduites et il s’agit de faire vivre la famille. Par chance, un entrepreneur lié à la Résistance, Monsieur Delage, embauche Rachmiel malgré les risques.
Nous sommes en 1943, la petite Paule Gécils vient au monde le 6 juin. Si bien que cette famille en péril comporte à présent deux jeunes enfants.
De plus, ils trouvent un soir leur appartement sous scellés. Les voilà à la rue, à la merci de tous les dangers.
Le père prévient alors son employeur, Monsieur Delage, qui n’hésite pas un instant. Il s’adresse à un autre jeune résistant, Jacques Prévost, marié et père de deux petits enfants. Celui-ci cherche immédiatement un refuge sûr pour cette famille en détresse, au mépris du danger pour lui-même et les siens, associant à ce sauvetage sa femme Gisèle.

Les Prévost habitent un petit appartement au rez-de-chaussée à Boulogne S/Seine et disposent d’une chambre de bonne au dernier étage. C’est là qu’ils installent provisoirement la famille Gécils, faisant preuve d’un humanisme exemplaire. Ils organisent la vie de leurs protégés, si bien que Monsieur Gécils peut continuer à travailler toujours avec ses papiers falsifiés.
Toutefois le voisinage n’est pas sûr et la situation est précaire.

Gisèle Prévost accompagne Laja à la recherche d’une solution. Mais les nourrices sont douteuses, et les bombardements alliés sur les usines Renault sont dangereux.
Gisèle Prévost est amenée à quitter Boulogne pour assurer la sécurité de ses deux enfants, laissant son mari chercher une nouvelle solution pour la famille Gécils.

Il trouve de l’aide auprès de Jacques Dupâquier, étudiant, fervent militant s'opposant à l’antisémitisme. Celui-ci accepte immédiatement d’aider cette famille en grand danger. Madame Dupâquier, sa mère, participe au sauvetage des deux petits enfants juifs. Il est convenu que cette femme admirable, viendrait à Paris chercher les deux enfants, se prétendant leur grand-mère, pour les accompagner en Seine Maritime, et les confier à sa belle-sœur et à son neveu, Elisabeth et Pierre Mauger.

Chez les Mauger, les deux petits, perturbés par tous ces bouleversements, trouvent un accueil chaleureux. Mère et fils veillent sur leur sécurité. Ils les traitent et les présentent comme des membres de leur propre famille. Ils les protègeront ainsi jusqu’à la fin de la guerre, tandis que Jacques Dupâquier assurera la protection de leurs parents, tout en rendant avec sa mère, de fréquentes visites aux enfants.

L’amitié forgée au cours des années noires, entre les Gécils et leurs sauveurs, restera indestructible. Mais après les années 60, la vie les séparera durant une longue période.
Des retrouvailles après 40 ans grâce à Internet seront source
d’une très grande émotion et de l’hommage rendu aujourd’hui à des personnes admirables."

La cérémonie du 12 novembre est placée sous la responsabilité de deux déléguées du Comité Français pour Yad Vashem : Madeleine Peltin-Meyer et Viviane Saül.

Au nombre des personnalités qui ont voulu la rehausser de leur présence, sont annoncés : Bertrand Delanoë, Maire de Paris; Anne Hidalgo, Première adjointe; Catherine Vieu-Charier, Adjointe au Maire, chargée de la Mémoire et du Monde combattant; Me Corinne Champagnez-Katz, Présidente du Comité Français pour Yad Vashem.

Jacques et Gisèle Prévost recevront leurs médailles et diplômes des mains de l'Ambassadeur d'Israël, son excellence Daniel Shek.
Elizabeth Mauger et son fils, Pierre, seront honorés à titre posthume.

NB : Remerciements à Viviane Saül, déléguée du Comité Français, pour la synthèse présentée ci-avant.
Veuillez prendre connaissance ci-après du témoignage envoyé depuis Los Angeles par Nathalie Gallmeier (Gécils), fille de Pierre Gécils. Lire : "commentaire".

1 commentaire:

Nathalie Gallmeier a dit…

Je suis Nathalie Gecils, la fille de Pierre Gecils. With all my heart, and on behalf of my whole family, I thank these wonderful individuals who have given so much so that my beloved father and my dear Tante Paule had a chance.

Their actions not only saved the lives of the ones I love, but also extended to bring a happy and healthy life for my sisters and my cousins, for their children and so on. Your more than generous gesture is an example that I plan to follow and share so that more get inspired to love and help.

Words cannot properly express my gratitude and my emotions. My heart is with you on this day and always.

Merci, merci, merci,
Nathalie Gallmeier (Gecils)
Los Angeles, U.S.A.