lundi 15 juin 2009

P. 148. Les Justes de Vaylats, de St-Mamert et d'Excideuil


Vaylats (Montage JEA / DR).

Ce 12 juin 2009, le Diplôme d'Honneur de Juste parmi les Nations a été remis - à titre posthume - à Lucie Nonorgues. En religion soeur Emilia, elle vécut sa vocation au couvent de Vaylats.

De 1942 à 1944, cette religieuse a protégé de la Shoah Denise Kandel et Jean-Claude Bystrin. Après guerre, ces deux enfants cachés ont émigré vers les Etats-Unis. Ils y décrochèrent chacun, et très brillamment, un doctorat respectivement en sociologie et en dermatologie. Ce sont leurs démarches et le dossier constitué grâce à leurs soins qui ont abouti cette cérémonie de Vaylats.

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Lucie Nonorgues, sœur Émilia en religion, fut la Supérieure de l'Institut Sainte-Jeanne d'Arc à Cahors.
Tandis que Denise Bystryn est la fille d’Iser Bystryn et de Sara Wolsky. Elle est née à Paris le 27 février, 1933 et son jeune frère, Jean-Claude, le 8 mai 1938.
Né le 12 décembre 1901 à Drohiczyn, Iser avait immigré en France au milieu des années 1920 pour étudier à l'Université de Caen. Bien qu'il ait souhaité être rabbin, il suivit des études d’ingénieur en mécanique. Avant la guerre, il était le chef mécanicien dans une usine de fabrication de camions.
Sara, son épouse, née à Brest-Litovsk le 18 décembre 1906, vint à Paris à la fin des années 1920 pour étudier l’artisanat des chapeaux et des corsets.
Sara et Iser se sont mariés en 1930.

Avant la guerre, la famille vivait à Colombes, en banlieue parisienne. Denise était inscrite en primaire à l'école des Filles.
Survient la guerre. Le 14 mai 1941, Iser Bystryn est arrêté lors des premières rafles des Juifs étrangers et emmené au camp de Beaune-la-Rolande.
Denise, Jean-Claude et leur mère Sara restent à Colombes et se rendent au camp de Beaune-la-Rolande une fois par mois pour y voir Iser. Sara communiquait aussi avec son mari par courrier et lui envoyait des paquets. L'un d'entre eux contenait un gâteau avec... un plan d'évasion.
Puis, des policiers français viennent à l’appartement de Colombes et conseillent à Sara de partir. Elle comprend aussitôt qu’Iser s’est échappé du camp de Beaune-la-Rolande et la maman prend la fuite la nuit-même avec ses enfants.
Tous trois arrivent à rejoindre le Lot puis s'installent à Cahors. Iser les y rejoindra.

Atteint par un ulcère, Iser est hospitalisé pendant six semaines. Le médecin qui le soigne est un résistant. Sachant que son patient est juif, il le garde à l'hôpital plus longtemps que nécessaire pour le protéger. En parallèle, il fait placer les enfants, Denise et Jean-Claude, dans un couvent.
C'est une jeune (19 ans) enseignante à l'Institution Sainte-Jeanne d'Arc de Cahors, Yvonne Féraud, qui fait admettre les deux gosses par la Supérieure, Lucie Nonorgues (Sœur Émilia).
Denise Bystryn, qui a 10 ans, restera au couvent jusqu'en avril 1944 sous son vrai nom de Bystryn (sans que jamais les religieuses ne cherchent à la convertir). Elle verra la fin de l'occupation à Palaminy-sur-Cazères auprès de Gabriel et de Maria Féraud.
Jean-Claude, qui a quatre ans à l'époque, ne peut passer la nuit dans ce couvent parce que c'est... un garçon. En 1943, Alfred et Louise Aymard l'accueillent à Escamps. Il y restera à l’abri jusqu’à la fin de la guerre.

Tous ont survécu à la Shoah.
Iser vécut de cache en cche d’endroits, jusqu’à se fixer dans une ferme où il fabriqua de faux papiers pour d'autres juifs persécutés.
Sara connut elle aussi une vie sans sécurité, y compris dans les bois.
En 1949, la famille reconstituée émigra vers les États-Unis. Denise décrocha un Doctorat en médecine de l’Université de Colombia et épousa en 1956 Éric Kandel, futur prix Nobel de médecine en 2000."


Depuis le 14 juin,
Saint-Mamert, plus petite commune du Rhône,
compte deux Justes :
Louis et Léa Petit.

Ph. 1 : Accueil du Maire de St-Mamert, Pierre Thillet.
De g. à dr. : Daniel Saada, représentant l'Ambassade d'Israël; Bernard Perrut, député maire du Rhône; Annie Karo, déléguée du Comité Français pour Yad Vashem; Pierre Thillet, maire et président de la Communauté des Communes du Haut Beaujolais. (Doc. CFYV / DR).

Unique dans les annales du village, cette cérémonie s’est déroulée dans la salle communale de St- Mamert, la plus petite commune du Rhône avec 66 habitants. Bien plus de 80 personnes se sont rassemblées pour partager ce moment si exceptionnel.

Dans son message délivré au nom du Comité Français pour Yad Vashem, Annie Karo a retracé les circonstances qui ont conduit à honorer les époux Petit. Leur fille, Irène Karayan-Petit était revenue des Etats-Unis pour recevoir à titre posthume les Médailles et les Diplômes de ses parents.

Annie Karo :

- "L’implantation en France de la famille Levy de Souza remonte à plusieurs siècles mais ayant dû quitter l’Alsace après son annexion par l’Allemagne en 1871, un aïeul s’expatria au Brésil où le patronyme de Levy fut complété par « de Souza »
Revenu en France, il garda l’intégralité du nom.
En 1939, Albert et Simone Levy de Souza habitent à Paris avec leurs 2 enfants Bertrand et Olivier respectivement âgés de 11 ans et 7 ans.
Albert Lévy de Souza dirige l’entreprise familiale de textiles à Paris, rue d’Aboukir.


A la déclaration de la guerre la famille fuit Paris, et après un certain nombre de déplacements elle s’installe en juillet 1941 dans sa maison de campagne près de Montargis dans le Loiret, où Bertrand et Olivier vont à l’école sous le nom de Souza.
Tandis que l’entreprise familiale est mise sous la coupe d’un administrateur désigné par Vichy.
Mais début 1942, la situation se dégrade : la chasse aux juifs a commencé en zone occupée.
Prévenue d’une menace d’arrestation, la famille de Souza gagne la zone libre cachée dans un camion de marchandises.
Ils louent une maison dans la proche banlieue de Lyon, à Oullins.
De très bonnes relations se nouent avec les propriétaires M et Mme Colet, et, en 1943 lorsque les menaces s’aggravent encore pour les juifs, ce sont eux qui adressent Albert de Souza et sa famille à Louis et Léa Petit à Saint Mamert.


Louis et Léa Petit sont agriculteurs, âgés d’une quarantaine d'années, ils sont les parents de Roger 18 ans, et d’Irène 5 ans, et abritent déjà une petite réfugiée de 3 ans Elise (dont la trace n’a pas été retrouvée).
Ils accueillent chaleureusement Albert et Simone et leurs 2 fils.
Ils mettent à leur disposition une grande pièce vide dans l’enceinte de la ferme loin de tout passage et leur fournissent gracieusement le matériel de la vie courante.
Les Petit savent qu’ils hébergent une famille juive et risquent une dénonciation, d’autant que dans les alentours vivent des collaborateurs et des miliciens.
La vie s’organise dans la plus grande discrétion : Bertrand ,Olivier et leur père aident aux travaux des champs et souvent le soir les familles se retrouvent."

Ph. 2 : A la mi-guerre, les Petit et les Levy de Souza aux foins.
De g. à dr. en avant-plan : Simone Levy de Souza, Roget Petit, Olivier Levy de Souza, Léa Petit, Irène Petit, Bertrand Levy de Souza. (doc. CFYV / DR).

- "Grâce à l’aide et à la protection de Louis et Léa Petit, la famille de Souza ne sera pas inquiétée. Cette « vie paisible », comme la qualifie Olivier de Souza dans son témoignage, durera jusqu’en septembre 1944.
Après la guerre, cette belle et solide amitié s’est poursuivie entre les 2 familles. Et même si Irène Karayan habite maintenant aux Etats Unis, la distance n’a pas réduit les liens qui unissent les 2 familles comme le prouve aujourd’hui, la présence auprès d’elle de toute la famille de Souza :
- Bertrand de Souza, accompagné de son fils Didier et de sa petite fille Dana et qui ont fait tout spécialement le déplacement d’Israël ;
- Olivier et Jacqueline de Souza entourés de leurs 4 enfants Martine, Thierry, Pascal et Jérôme et de leur petite fille Camille.
Merci à tous d’être là pour partager ce moment d’émotion et de mémoire.
Louis et Léa Petit connaissaient parfaitement les risques qu’ils encouraient en aidant une famille juive mais ils n’ont écouté que leur conscience
Leur générosité, leur action courageuse et désintéressée ont permis à la famille de Souza d’échapper à la barbarie nazie et à la déportation dans les camps de la mort."

Ph. 3 : Louis, Irène, Léa et Roger Petit en 1956. (Doc CFYV / DR).

- "Ils sont dans cette période obscure une lueur de réconfort et d’espoir
En dépit du danger pour eux-mêmes et leur famille, ils ont refusé la logique de l’inhumanité et incarnent les valeurs auxquels nous sommes attachés : solidarité, compassion, générosité, courage de refuser l’inacceptable.
L’hommage qui leur est rendu aujourd’hui, revêt aussi une signification éducative et morale,
En cette période où l’antisémitisme, le racisme, la barbarie et l’inhumanité poursuivent leur oeuvre et tentent de déstabiliser la société, leurs actions prouvent que l’on peut et que l’on doit refuser l’inacceptable.
Que leur action soit un exemple pour les générations futures !

L’Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné le titre de Justes parmi les Nations à Louis et Léa Petit, leurs noms seront gravés sur le Mur d’Honneur des Justes à Jérusalem et sur celui du Mémorial de la Shoah à Paris.
(s) Annie Karo, Déléguée régionale."

Ph. 4 : Représentant de l'Ambassade d'Israël, Daniel Saada remet à Irène Karayan-Petit les précieux documents de reconnaissance de ses parents. (Doc CFYV / DR).

Ph. 5 : Irène Karayan-Petit fleurie par les enfants de l'école de St-Mamert. (Doc. CFYV / DR).

Ph. 6 : un des souvenirs les plus émouvants, les enfants Petit et Levy de Souza encore et toujours réunis.
De g. à dr. : Annie Karo, déléguée; Olivier de Souza; Irène Karayan-Petit; Bertrand de Souza (venu, lui d'Israël). (Doc. CFYV / DR).

Tous nos remerciements à la déléguée du Comitié Français pour Yad Vashem, Annie Karo qui a non seulement veillé à donner un lustre exceptionnel à cette cérémonie mais a veillé à enrichir cette page du blog avec une documentation complète.


Excideuil veille tout particulièrement sur la mémoire d'Albert Faurel, Juste parmi les Nations.

- "Depuis plusieurs années, l’Amicale des Anciens Elèves de la Cité Scolaire militait pour la reconnaissance d’Albert Faurel (1896– 1967), Directeur de l’École Primaire Supérieure (E.P.S.) et du Collège d’Excideuil de 1937 à 1956, en tant que « Juste parmi les Nations » pour avoir, avec courage et à ses risques et périls, sauvé de nombreux élèves juifs pourchassées pendant l’Occupation.
Ces efforts ont enfin abouti et Albert Faurel a été reconnu, à titre posthume le 10 mai 2009, « Juste parmi les Nations » par Yad Vashem.

Un diplôme et une médaille ont été remis à sa descendance lors d’une cérémonie officielle le dimanche 14 juin, à la Mairie, en présence de nombreuses personnalités et des représentants de l’Etat d’Israël ainsi que du Comité Français pour Yad Vashem.


Suite à cette reconnaissance officielle, l’Amicale a décidé d’honorer Albert Faurel lors de sa prochaine assemblée générale prévue pour le dimanche 27 septembre, par la pose d’une plaque commémorative afin que perdure son souvenir.

Le conseil municipal devrait attribuer, à cette date, l’appellation de « Square Albert Faurel » au passage d'accès à la Mairie et autres parties administratives ainsi que le parking arboré.
Ce square, à sa naissance, aura déjà un passé car il s’agit de la cour de récréation de l’E.P.S. et Collège, mais comprendra également une des façades, donnant sur le square, qui abritait les bureaux et l’appartement de fonction directorial."

(Sources : site municipal, Amicale des anciens élèves de la cité scolaire).

Portrait d'Albert Faurel, Juste parmi les Nations (DR).
 

1 commentaire:

Janet a dit…

Thank you for sharing this wonderful experience through story and photo's of Irene Karayan Petit's family.

It is both heartwarming and amazing to realize the danger so many people placed themselves in to save others.

A powerful reminder of what can be accomplished with compassion and determination.