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Mgr Moussaron (BCFYV/DR).
Cérémonie de reconnaissance
de l'Archevêque d’Albi, Castres et Lavaur
sous l'occupation
Compte-rendu d'Albert Seifer, Délégué du Comité Français pour Yad Vashem :
- "Dimanche 4 Juillet 2010 à 11h , dans la salle des Etats Albigeois de l’Hôtel de Ville eut lieu la cérémonie de remise de la médaille des Justes, à titre posthume, en présence de Philippe Bonnecarrère, maire d’Albi, de Shmuel Sivan Consul d’Israël à Marseille et du Dr Albert Seifer, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem. En l’absence de membre de la famille de Mgr Moussaron, l’honneur échut à Mgr Carré, archevêque d’Albi, de recevoir la médaille des Justes et le diplôme d’honneur décernés à son courageux prédécesseur.
Comme à son habitude, Mr Bonnecarrère fit un très beau discours, sans aucune note, rappelant le contexte dangereux de cette époque sombre de notre histoire.
Puis le Dr Albert Seifer exposa à l’assistance ce qu’est Yad Vashem, rappela les rafles du Vél d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, celles « de la zone libre » du 26 Août 1942 et raconta comment il fut caché et sauvé ainsi que 82 enfants juifs dans le couvent de N.D de Massip à Capdenac grâce à Mgr Jules-Géraud Saliège, archevêque de Toulouse, Compagnon de la Libération et futur cardinal, et à son réseau.
Shmuel Sivan, consul d’Israël à Marseille exposa le rôle salvateur des Justes en France qui contribua à épargner la vie des ¾ des juifs de France. Le Dr Albert Seifer rappela de quelle façon grâce à l’intervention de sœur Marie Suzanne (Simone Bondurand, Juste parmi les nations) Mgr Moussaron plaça chaque membre de la famille Zenatti dans quatre couvents différents (trois dans le Tarn et le quatrième à Perpignan).
Puis ce fut la remise de la médaille des Justes et le diplôme d’honneur de Mgr Moussaron, à titre posthume, mais dont le portrait était bien présent sur l’estrade et reflétait la bonté, à son successeur actuel Mgr Carré dont le prochain ministère se situera à Montpellier.
Mme Dreyfus née Haas (une famille très honorable d’Albi) témoigna avec émotion et raconta comment elle fut reçue régulièrement à la table de Mgr Moussaron le dimanche, alors qu’elle était interne au collège de Réalmont."
Père Mathieu :
- "Trois raisons ont été majeures pour l’obtention de cette médaille : en 1er, à la suite du Cardinal Saliège et de Mgr Théas, la protestation face à l’arrestation et à la déportation des Juifs qui étaient faites au mépris de tout respect de l’humain, souvent en séparant les familles. En second, son action pour que les écoles qui avaient un internat, les collèges et les lycées catholiques, les couvents et les monastères accueillent les juifs (16 lieux). Troisièmement, son arrestation par la Gestapo en 1944 et son internement à la Prison Saint-Michel de Toulouse."
(Eglise catholique dans le Tarn).
Instantané de la Cérémonie.
De g. à dr. : P. Mathieu; Shmuel Sivan Consul d’Israël à Marseille; Mgr Carré, archevêque d’Albi; Albert Seifer, Délégué du Comité Français pour Yad Vashem (Ph. C. Gordon/BCFYV/DR).
Charles Le Bourgeois :
- "C'est une justice à lui rendre que de lui remettre cette médaille, même si les récompenses sur terre ne sont pas équivalentes à celles du ciel », commente Claude Zenatti, un ancien réfugié qui explique « avoir été protégé » pendant la guerre par Mgr Moussaron. Lequel était considéré comme partisan du maréchal Pétain, du fait du respect qu’il avait du pouvoir en place. Mais sans jamais collaborer."
(La Croix, 1 juillet 2010).
Lettre de Jean Joseph, Archevêque d’Albi, Castres et Lavaur :
- "Des circonstances indépendantes de notre volonté ne nous ont pas permis de vous dire plus tôt la peine que nous ont causées les mesures de déportation prises récemment contre les Israélites réfugiés en France.
Si dans notre département elles ont été appliquées avec autant de correction et délicatesse qu’il est possible d’en mettre en pareil cas, sur bien des points du territoire on a vu se dérouler des scènes très douloureuses. Des femmes ont été séparées de leurs maris, des enfants de leurs parents. La religion et l’humanité ne peuvent que protester contre cette violation des droits sacrés de la personne humaine et de la famille et cette méconnaissance de la loi divine de la charité.
Et que personne ne voit dans notre parole une atteinte portée au loyalisme que nous devons au Gouvernement et que nous n’avons cessé de recommander. Le Gouvernement n‘est pas en cause. Loin d’avoir pris l’initiative de ces mesures aussi contraires à la tradition française qu’à l’esprit chrétien, il les a subies comme une conséquence de la défaite. Au surplus, c’est servir son œuvre de redressement que d’affirmer, à l’heure où des catholiques même risqueraient de les oublier, les principes qui sont inscrits dans l’Évangile, que l’Église a toujours défendus et sans lesquels il n‘est pas de vraie civilisation. Prions Dieu, nos très chers frères, d’accorder bientôt à la France et au monde des jours meilleurs où les hommes, quels que soient leur race et leur pays, sauront se reconnaître et se traiter comme des frères.
(20 septembre 1942).
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lundi 26 juillet 2010
mercredi 2 juin 2010
P. 233. Préserver l'histoire du Chambon sur Lignon
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Plaque attestant de la reconnaissance de milliers de juifs au Chambon sur Lignon (Ph. BCFYV / DR).
Maire du Chambon sur Lignon
Eliane Wauquiez-Motte
parle au nom de cette commune
reconnue "Juste parmi les Nations"
Lors de la cérémonie de reconnaissance de Jean Brottes (page 230 de ce blog) en mai dernier, Madame le Maire de cette extraordinaire localité du Plateau cévenol a décrit avec justesse le pourquoi et le comment du courage de ces habitants qui firent du Chambon un barrage humain contre la Shoah...
Mme Eliane Wauquiez-Motte :
- "Mon message sera tout d’abord de bienvenue, il se veut très chaleureux à l’égard de tous et de chacun, ceux qui ont fait le voyage et ceux du Plateau qui sont là pour entourer M. Jean Brottes, personnalités, famille et amis venus nombreux pour témoigner.
Message à toi, Monsieur le ministre et mon cher Laurent, pour te dire tout le plaisir que j’ai à t’accueillir au Chambon, village auquel tu es si profondément attaché, pour cette cérémonie mémorielle au cours de laquelle Son Excellence Daniel Shek, ambassadeur d’Israël remettra la médaille des Justes à Jean Brottes ressortissant de la commune qui y est né en 1921.
Cette célébration revêt une signification particulière puisque le village du Chambon s’est vu décerner la médaille des Justes à titre collectif le 5 septembre 1988.
Bienvenue à vous Monsieur l’ambassadeur auquel je dois la visite bouleversante pour moi, maire du Chambon, du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, dont nul ne peut ressortir indemne. Ce lieu de mémoire hautement symbolique où la reconnaissance de votre peuple à notre village s’exprime par trois fois.
Vous aviez énoncé le souhait de venir au Chambon avant de quitter la France et je suis profondément touchée que, grâce à Prosper Amouyal, ami toujours attentif aux souhaits des autres, vous ayez accepté d’y venir pour remettre à Jean Brottes la plus haute distinction de votre pays décernée à un étranger.
Je m’adresse maintenant tout particulièrement à vous M. Paul Schaffer, Président du Comité français pour Yad Vashem, qui avez souhaité être parmi nous aujourd’hui afin de témoigner. Si vous m’y autorisez je reprendrai le fil de notre conversation d’hier au soir pour la faire partager à ceux qui nous écoutent : « A la suite de la rafle du Vel d’hiv, les Allemands font pression sur le gouvernement de Vichy, pour que les juifs étrangers de la zone sud soient rajoutés à la liste des déportations. Vous êtes arrêtés le 26 août 1942, interné à Drancy et déporté à Auschwitz par le convoi 28 le 4 septembre 1942. Votre mère et votre sœur sont gazées dès leur arrivée et vous échappez à ce sort. Vous êtes interné dans deux camps de travaux forcés, satellites d’Auschwitz, avant de rejoindre Birkenau en novembre 1943. C’est là que comme Simone Veil, vous vous trouvez confronté à la réalité de l’extermination. Vous me l’avez dit si simplement « Je n’ai pas rencontré de Juste ».
Discours de Mme le Maire (Ph. A. Karo / BCFYV/DR).
- "Avant de poursuivre et si vous le permettez, cher Gérard Bollon, je résumerai très brièvement en m’appuyant sur votre travail historique l’esprit et les faits :
Ici entre 1941 et 1945 plusieurs milliers de juifs ont été accueillis. Combien, c’est difficile à dire, car c’était la nécessaire loi du silence. Chaque ferme a été un abri et les paysans sont secrets.
Il existe sur le Plateau, montagne refuge comme le dit François Boulet, une longue tradition d’accueil pour les populations persécutées, les prêtres réfractaires à la révolution, les républicains espagnols fuyant le Franquisme, les enfants Alsaciens durant la première guerre mondiale. Dès 1938, Charles Guillon, pasteur et maire du Chambon, prévient ses administrés qu’ils doivent se préparer à accueillir des réfugiés. A sa suite les pasteurs André Trocmé, Edouard Theis et leurs épouses les encourageront à mettre en place accueil, refuge et filières de passage. Les habitants majoritairement protestants font cela généreusement, presque naturellement, par conviction, par humanité.
Le contexte géographique est propice, les hameaux sont nombreux, les fermes dispersées et isolées permettent aussi de vivre en quasi autonomie alimentaire. L’Ecole nouvelle cévenole dispose de plusieurs maisons dans le village et offre une scolarité de qualité. Chacun feint de ne rien savoir et la loi du silence prévaut. Pourtant la protection a ses lacunes comme en témoigne la rafle des Roches le 29 juin 1943. 19 jeunes gens sont arrêtés par la police et déportés avec leur Directeur Daniel Trocmé qui a tenu à les accompagner.
La population toute entière du Chambon et des communes environnantes a été reconnue comme « Justes ». L’accueil au péril de la vie » accompli dans la plus grande simplicité avec droiture et modestie par les habitants de notre territoire permet de préserver l’espérance par de là l’horreur et la tragédie de la SHOAH qui ont marqué douloureusement le XXème siècle."
Jean Brottes, Juste parmi les Nations (Ph. A. Karo / BCFYV/DR).
"Parmi eux Jean Brottes, Chambonnais, a accueilli son ami Yvon Herschkowitz (Hervais) auquel il a permis de rejoindre Londres avec ses papiers d’identité, alors qu’il était lui-même recherché pour partir au STO. Ça s’est passé à Intres en Ardèche et je salue ici le maire de la commune.
Simple et droit, Jean Brottes vous incarnez l’accueil de l’autre.
Tant d’années après les faits, la médaille des Justes qui va vous être remise, vient rappeler l’ Histoire de la Montagne protestante.
Il apparaît aujourd’hui comme une urgente nécessité de préserver l’histoire de notre mémoire en confortant l’existant. Parcours et exposition appellent en complément un lieu symbolique qui viendrait s’inscrire dans le paysage patrimonial de la commune à proximité du temple et des écoles afin d’encourager la transmission aux nouvelles générations. Simone Veil qui soutient cette initiative, aimerait voir se renforcer nos liens avec la Maison des enfants d’Izieu."
Eliane Wauquiez-Motte,
Maire du Chambon sur Lignon.
NB : Nos remerciements à Nadège Mayet (Secrétariat de la Mairie).
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Plaque attestant de la reconnaissance de milliers de juifs au Chambon sur Lignon (Ph. BCFYV / DR).
Maire du Chambon sur Lignon
Eliane Wauquiez-Motte
parle au nom de cette commune
reconnue "Juste parmi les Nations"
Lors de la cérémonie de reconnaissance de Jean Brottes (page 230 de ce blog) en mai dernier, Madame le Maire de cette extraordinaire localité du Plateau cévenol a décrit avec justesse le pourquoi et le comment du courage de ces habitants qui firent du Chambon un barrage humain contre la Shoah...
Mme Eliane Wauquiez-Motte :
- "Mon message sera tout d’abord de bienvenue, il se veut très chaleureux à l’égard de tous et de chacun, ceux qui ont fait le voyage et ceux du Plateau qui sont là pour entourer M. Jean Brottes, personnalités, famille et amis venus nombreux pour témoigner.
Message à toi, Monsieur le ministre et mon cher Laurent, pour te dire tout le plaisir que j’ai à t’accueillir au Chambon, village auquel tu es si profondément attaché, pour cette cérémonie mémorielle au cours de laquelle Son Excellence Daniel Shek, ambassadeur d’Israël remettra la médaille des Justes à Jean Brottes ressortissant de la commune qui y est né en 1921.
Cette célébration revêt une signification particulière puisque le village du Chambon s’est vu décerner la médaille des Justes à titre collectif le 5 septembre 1988.
Bienvenue à vous Monsieur l’ambassadeur auquel je dois la visite bouleversante pour moi, maire du Chambon, du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, dont nul ne peut ressortir indemne. Ce lieu de mémoire hautement symbolique où la reconnaissance de votre peuple à notre village s’exprime par trois fois.
Vous aviez énoncé le souhait de venir au Chambon avant de quitter la France et je suis profondément touchée que, grâce à Prosper Amouyal, ami toujours attentif aux souhaits des autres, vous ayez accepté d’y venir pour remettre à Jean Brottes la plus haute distinction de votre pays décernée à un étranger.
Je m’adresse maintenant tout particulièrement à vous M. Paul Schaffer, Président du Comité français pour Yad Vashem, qui avez souhaité être parmi nous aujourd’hui afin de témoigner. Si vous m’y autorisez je reprendrai le fil de notre conversation d’hier au soir pour la faire partager à ceux qui nous écoutent : « A la suite de la rafle du Vel d’hiv, les Allemands font pression sur le gouvernement de Vichy, pour que les juifs étrangers de la zone sud soient rajoutés à la liste des déportations. Vous êtes arrêtés le 26 août 1942, interné à Drancy et déporté à Auschwitz par le convoi 28 le 4 septembre 1942. Votre mère et votre sœur sont gazées dès leur arrivée et vous échappez à ce sort. Vous êtes interné dans deux camps de travaux forcés, satellites d’Auschwitz, avant de rejoindre Birkenau en novembre 1943. C’est là que comme Simone Veil, vous vous trouvez confronté à la réalité de l’extermination. Vous me l’avez dit si simplement « Je n’ai pas rencontré de Juste ».
Discours de Mme le Maire (Ph. A. Karo / BCFYV/DR).
- "Avant de poursuivre et si vous le permettez, cher Gérard Bollon, je résumerai très brièvement en m’appuyant sur votre travail historique l’esprit et les faits :
Ici entre 1941 et 1945 plusieurs milliers de juifs ont été accueillis. Combien, c’est difficile à dire, car c’était la nécessaire loi du silence. Chaque ferme a été un abri et les paysans sont secrets.
Il existe sur le Plateau, montagne refuge comme le dit François Boulet, une longue tradition d’accueil pour les populations persécutées, les prêtres réfractaires à la révolution, les républicains espagnols fuyant le Franquisme, les enfants Alsaciens durant la première guerre mondiale. Dès 1938, Charles Guillon, pasteur et maire du Chambon, prévient ses administrés qu’ils doivent se préparer à accueillir des réfugiés. A sa suite les pasteurs André Trocmé, Edouard Theis et leurs épouses les encourageront à mettre en place accueil, refuge et filières de passage. Les habitants majoritairement protestants font cela généreusement, presque naturellement, par conviction, par humanité.
Le contexte géographique est propice, les hameaux sont nombreux, les fermes dispersées et isolées permettent aussi de vivre en quasi autonomie alimentaire. L’Ecole nouvelle cévenole dispose de plusieurs maisons dans le village et offre une scolarité de qualité. Chacun feint de ne rien savoir et la loi du silence prévaut. Pourtant la protection a ses lacunes comme en témoigne la rafle des Roches le 29 juin 1943. 19 jeunes gens sont arrêtés par la police et déportés avec leur Directeur Daniel Trocmé qui a tenu à les accompagner.
La population toute entière du Chambon et des communes environnantes a été reconnue comme « Justes ». L’accueil au péril de la vie » accompli dans la plus grande simplicité avec droiture et modestie par les habitants de notre territoire permet de préserver l’espérance par de là l’horreur et la tragédie de la SHOAH qui ont marqué douloureusement le XXème siècle."
Jean Brottes, Juste parmi les Nations (Ph. A. Karo / BCFYV/DR).
"Parmi eux Jean Brottes, Chambonnais, a accueilli son ami Yvon Herschkowitz (Hervais) auquel il a permis de rejoindre Londres avec ses papiers d’identité, alors qu’il était lui-même recherché pour partir au STO. Ça s’est passé à Intres en Ardèche et je salue ici le maire de la commune.
Simple et droit, Jean Brottes vous incarnez l’accueil de l’autre.
Tant d’années après les faits, la médaille des Justes qui va vous être remise, vient rappeler l’ Histoire de la Montagne protestante.
Il apparaît aujourd’hui comme une urgente nécessité de préserver l’histoire de notre mémoire en confortant l’existant. Parcours et exposition appellent en complément un lieu symbolique qui viendrait s’inscrire dans le paysage patrimonial de la commune à proximité du temple et des écoles afin d’encourager la transmission aux nouvelles générations. Simone Veil qui soutient cette initiative, aimerait voir se renforcer nos liens avec la Maison des enfants d’Izieu."
Eliane Wauquiez-Motte,
Maire du Chambon sur Lignon.
NB : Nos remerciements à Nadège Mayet (Secrétariat de la Mairie).
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Libellés :
Ambassade Israël,
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Vichy
jeudi 29 avril 2010
P. 221. Indignation devant la censure ayant frappé Ida Grinspan
.
Ida Grinspan, rescapée. 1945 (DR).
Sans haine,
Ida Grinspan témoigne :
trois gendarmes français l'ont arrêtée
avant Drancy puis Auschwitz
...
c'en est trop pour la Mairie de Parthenay
non pas l'arrestation à 14 ans
ni Drancy et Auschwitz
mais l'évocation des trois gendarmes !
L'indignation monte comme pour laver l'affront fait à Ida Grinspan.
Dans la France de 2010, se distingue encore une Mairie, celle de Parthenay, pour affirmer que le régime de Pétain fut "légitime". Pour regretter que "notre époque" mette trop "en exergue le repentir". Pour estimer que mettre en cause et à juste titre trois gendarmes français, revenait à "stigmatiser une catégorie professionnelle". Bref, pour interdire de parole Isa Grinspan sur les conditions effectives de son arrestation en 1944 avant Drancy puis Auschwitz.
Des membres du Comité Français pour Yad Vashem, avec à leur tête le Président Paul Schaffer (rescapé d'Auschwitz, arrêté... par des gendarmes français et en zone dite "libre"), répondent eux aussi et régulièrement à des invitations en milieux scolaires. Tout comme Ida Grinspan, cette déportée frappée par la censure de la Mairie de Parthenay, ces rescapés de la Shoah parviennent à mettre des mots et des images sur le judéocide. Ils témoignent pour leurs camarades jamais revenus. Au nom d'une humanité qui fut au bord de disparaître entièrement exterminée. Pour que la mémoire ne soit pas victime des nuits et des brouillards où le nazisme et ses collaborateurs voulaient la réduire en cendres. Pour que le passé éclaire présent et avenir. Pour que les jeunes sachent, comprennent, en tirent leurs propres lignes de vie...
En solidarité complète et qui se veut chaleureuse vis-à-vis d'Ida Grinspan, voici un bref résumé du scandale actuel.
NouvelObs.com :
- "La Mairie de Parthenay a censuré une lettre écrite par Ida Grinspan, ancienne déportée, qui devait être lue à des élèves dans le cadre de la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation, selon le Courrier de l'Ouest daté du mercredi 28 avril.
Ce témoignage a heurté Michel Birault, ancien gendarme et adjoint en charge des affaires patriotiques. Ida Grinspan y évoquait son arrestation par trois gendarmes à 14 ans. Le professeur a dans un premier temps accepté, à contrecoeur, de remplacer le mot "gendarmes" par "hommes".Michel Birault a ensuite présenté le texte au maire Xavier Argenton (NC) qui, lui, a refusé sa lecture, selon un mail envoyé par l'adjoint à l'enseignante. "Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui dans ces temps troubles avait obéi aux ordres de l'autorité légitime", aurait-il dit à son adjoint. Ce texte "n'est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue", aurait-il ajouté."
(28 avril 2010).
Lettre censurée d'Ida Grinspan :
- "J’ai été, par précaution, envoyée dans les Deux Sèvres alors que j’avais 10 ans, par mes parents inquiets et soucieux que je grandisse loin de la capitale.
Je suis donc arrivée dans une famille, chez ma nourrice Alice et son mari Paul et auprès de Madame Picard, ma maîtresse d’école à qui je dois ce que je sais ; je pars non pas pour me cacher mais me réfugier ! J’ai été très bien accueillie et je suis allée à l’école communale, j’ai passé mon certificat d’étude : j’étais heureuse, même si je m’inquiétais pour mes parents restés à Paris ; maman malheureusement a fait partie de la rafle du Vel' D’Hiv en juillet 42 ; je vivais sans racisme, sans anti sémitisme de la part des voisins, de mes amies de classe et des habitants du village ! J’étais la petite juive, voilà tout.
Une armée victorieuse, mais en passe d’être vaincue, et qui ne trouve rien de plus urgent que d’intimer l’ordre à se vaincus d’aller dénicher une petite juive des Deux Sèvres pour l’expédier dans l’enfer D’Auschwitz ! La patrie des Arts menant une guerre à mort contre une enfant parmi des milliers d’autres pour le seul crime d’être née !...
J’ai été arrêtée le 31 janvier 1944 par 3 gendarmes, l’inhumanité même, de ces 3 hommes, le chiffre 3 , chiffre impair qui montre bien la détermination d'être solidaires de ne pas se laisser influencer face à la jeunesse, face aux suppliques de ma nourrice, des demandes insistantes du maire de la commune pour ne pas m’emmener moi, si jeune, si innocente, qui avait la malchance d’être née juive! Alors que les armées alliées sont en train de délivrer l’Europe des allemands, 3 gendarmes français, ont obéit aux ordres de m’emmener à Niort pour connaître le pire : d’abord le camp de Drancy, puis l’enfer d’un voyage de 3 jours dans un wagon à bestiaux, plombé, avec des hommes, des femmes et des enfants pour arriver aux camps de la mort : c’était ça La Déportation. C’était un voyage terrible, où l’on devait apprendre à vivre ensembles, à faire ses besoins dans une tinette qui a débordée au bout de quelques jours, de vivre dans la saleté, le manque d’air !
On se disait que le pire était derrière nous mais il était devant nous : quand le wagon s’est ouvert un comité d’accueil allemand avec chiens et hurlements nous attendaient pour la sélection. Je me souviendrai toute ma vie de ces hommes et femmes, enfants, vieillards qui sont partis dans des camions, pour les chambres à gaz ; moi, j’ai eu la chance si l’on peut dire, d’entrer dans le camp pour y travailler avec tout ce que l’on sait de la vie quotidienne dans les camps : nous étions des numéros, et non des êtres humains ; la déportation c’est aussi un programme de déshumanisation organisée par le régime nazi.
La barbarie s'était glissée, cette nuit d’hiver, dans un hameau que tout destinait au sommeil heureux des lieux oubliés par l’Histoire. Oui j’ai donc connu jusqu’à mes 14 ans une vie loin des fracas de la guerre, des privations de nourriture, des rafles, de l’ostracisme du gouvernement de Vichy et derrière tout cela le totalitarisme nazi organisait l’éradication du peuple juif."
(s) Ida GRINSPAN
(NouvelObs.com, 29 avril 2010).
A la Mairie de Parthenay, peut-être ne serait-il pas superflu de conseiller d'inviter en ses murs l'exposition organisée par le Département de la mémoire combattante de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG). Elle décrit les plus de cinquante policiers et gendarmes reconnus comme Justes parmi les Nations. Son titre : "Désobéir pour sauver".
Ida Grinspan, rescapée. 1945 (DR).Sans haine,
Ida Grinspan témoigne :
trois gendarmes français l'ont arrêtée
avant Drancy puis Auschwitz
...
c'en est trop pour la Mairie de Parthenay
non pas l'arrestation à 14 ans
ni Drancy et Auschwitz
mais l'évocation des trois gendarmes !
L'indignation monte comme pour laver l'affront fait à Ida Grinspan.
Dans la France de 2010, se distingue encore une Mairie, celle de Parthenay, pour affirmer que le régime de Pétain fut "légitime". Pour regretter que "notre époque" mette trop "en exergue le repentir". Pour estimer que mettre en cause et à juste titre trois gendarmes français, revenait à "stigmatiser une catégorie professionnelle". Bref, pour interdire de parole Isa Grinspan sur les conditions effectives de son arrestation en 1944 avant Drancy puis Auschwitz.
Des membres du Comité Français pour Yad Vashem, avec à leur tête le Président Paul Schaffer (rescapé d'Auschwitz, arrêté... par des gendarmes français et en zone dite "libre"), répondent eux aussi et régulièrement à des invitations en milieux scolaires. Tout comme Ida Grinspan, cette déportée frappée par la censure de la Mairie de Parthenay, ces rescapés de la Shoah parviennent à mettre des mots et des images sur le judéocide. Ils témoignent pour leurs camarades jamais revenus. Au nom d'une humanité qui fut au bord de disparaître entièrement exterminée. Pour que la mémoire ne soit pas victime des nuits et des brouillards où le nazisme et ses collaborateurs voulaient la réduire en cendres. Pour que le passé éclaire présent et avenir. Pour que les jeunes sachent, comprennent, en tirent leurs propres lignes de vie...
En solidarité complète et qui se veut chaleureuse vis-à-vis d'Ida Grinspan, voici un bref résumé du scandale actuel.
NouvelObs.com :
- "La Mairie de Parthenay a censuré une lettre écrite par Ida Grinspan, ancienne déportée, qui devait être lue à des élèves dans le cadre de la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation, selon le Courrier de l'Ouest daté du mercredi 28 avril.
Ce témoignage a heurté Michel Birault, ancien gendarme et adjoint en charge des affaires patriotiques. Ida Grinspan y évoquait son arrestation par trois gendarmes à 14 ans. Le professeur a dans un premier temps accepté, à contrecoeur, de remplacer le mot "gendarmes" par "hommes".Michel Birault a ensuite présenté le texte au maire Xavier Argenton (NC) qui, lui, a refusé sa lecture, selon un mail envoyé par l'adjoint à l'enseignante. "Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui dans ces temps troubles avait obéi aux ordres de l'autorité légitime", aurait-il dit à son adjoint. Ce texte "n'est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue", aurait-il ajouté."
(28 avril 2010).
Lettre censurée d'Ida Grinspan :
- "J’ai été, par précaution, envoyée dans les Deux Sèvres alors que j’avais 10 ans, par mes parents inquiets et soucieux que je grandisse loin de la capitale.
Je suis donc arrivée dans une famille, chez ma nourrice Alice et son mari Paul et auprès de Madame Picard, ma maîtresse d’école à qui je dois ce que je sais ; je pars non pas pour me cacher mais me réfugier ! J’ai été très bien accueillie et je suis allée à l’école communale, j’ai passé mon certificat d’étude : j’étais heureuse, même si je m’inquiétais pour mes parents restés à Paris ; maman malheureusement a fait partie de la rafle du Vel' D’Hiv en juillet 42 ; je vivais sans racisme, sans anti sémitisme de la part des voisins, de mes amies de classe et des habitants du village ! J’étais la petite juive, voilà tout.
Une armée victorieuse, mais en passe d’être vaincue, et qui ne trouve rien de plus urgent que d’intimer l’ordre à se vaincus d’aller dénicher une petite juive des Deux Sèvres pour l’expédier dans l’enfer D’Auschwitz ! La patrie des Arts menant une guerre à mort contre une enfant parmi des milliers d’autres pour le seul crime d’être née !...
J’ai été arrêtée le 31 janvier 1944 par 3 gendarmes, l’inhumanité même, de ces 3 hommes, le chiffre 3 , chiffre impair qui montre bien la détermination d'être solidaires de ne pas se laisser influencer face à la jeunesse, face aux suppliques de ma nourrice, des demandes insistantes du maire de la commune pour ne pas m’emmener moi, si jeune, si innocente, qui avait la malchance d’être née juive! Alors que les armées alliées sont en train de délivrer l’Europe des allemands, 3 gendarmes français, ont obéit aux ordres de m’emmener à Niort pour connaître le pire : d’abord le camp de Drancy, puis l’enfer d’un voyage de 3 jours dans un wagon à bestiaux, plombé, avec des hommes, des femmes et des enfants pour arriver aux camps de la mort : c’était ça La Déportation. C’était un voyage terrible, où l’on devait apprendre à vivre ensembles, à faire ses besoins dans une tinette qui a débordée au bout de quelques jours, de vivre dans la saleté, le manque d’air !
On se disait que le pire était derrière nous mais il était devant nous : quand le wagon s’est ouvert un comité d’accueil allemand avec chiens et hurlements nous attendaient pour la sélection. Je me souviendrai toute ma vie de ces hommes et femmes, enfants, vieillards qui sont partis dans des camions, pour les chambres à gaz ; moi, j’ai eu la chance si l’on peut dire, d’entrer dans le camp pour y travailler avec tout ce que l’on sait de la vie quotidienne dans les camps : nous étions des numéros, et non des êtres humains ; la déportation c’est aussi un programme de déshumanisation organisée par le régime nazi.
La barbarie s'était glissée, cette nuit d’hiver, dans un hameau que tout destinait au sommeil heureux des lieux oubliés par l’Histoire. Oui j’ai donc connu jusqu’à mes 14 ans une vie loin des fracas de la guerre, des privations de nourriture, des rafles, de l’ostracisme du gouvernement de Vichy et derrière tout cela le totalitarisme nazi organisait l’éradication du peuple juif."
(s) Ida GRINSPAN
(NouvelObs.com, 29 avril 2010).
A la Mairie de Parthenay, peut-être ne serait-il pas superflu de conseiller d'inviter en ses murs l'exposition organisée par le Département de la mémoire combattante de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG). Elle décrit les plus de cinquante policiers et gendarmes reconnus comme Justes parmi les Nations. Son titre : "Désobéir pour sauver".
Libellés :
Bibliothèque,
Comité Français Yad Vashem,
Drancy,
Mémoire,
Nazisme,
Paul Schaffer,
Shoah,
Témoignages,
Vichy
jeudi 22 avril 2010
P. 219. Inauguration d'une esplanade et d'une stèle des Justes à Saint-Amand-Montrond
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Mercredi 5 mai 2010
Saint-Amand-Montrond
mettra en lumière les Justes
en rejetant l'ombre
de son ancien Maire
complice de crimes contre l'humanité
Le Berry :
- "Coup de théâtre hier soir, au conseil municipal de Saint-Amand. À la toute fin de la réunion, le maire Thierry Vinçon prend la parole. Et dans un discours ferme, tourne une fois pour toutes la page Maurice Papon, qui selon ses mots, « a couvert d'ombre le glorieux passé de Saint-Amand »."
(10 avril 2010).
Thierry Vinçon, Maire de Saint-Amand-Montrond :
- "Le 16 juillet 1995, pour la première fois, un Président de la République française, Monsieur Jacques Chirac, reconnaisait la responsabilité du gouvernement de Vichy, alors dénommé "Etat français", dans la collaboration à l'entreprise criminelle nazie d'extermination des Juifs de France.
La dénonciation de cette période sombre de notre histoire s'est accompagnée d'un hommage rendu aux Françaises et aux Français qui, quotidiennement, ont agi au péril de leur vie, avec courage et abnégation, pour sauver des familles juives de la barbarie.
Ceux qui ont eu un tel comportement ont été dénommés "Justes parmi les Nations" par la commission pour Yad Vashem. Ce titre a été décerné à cette date à près de 3000 Français, dont un peu moins de 200 sont toujours en vie.
Ainsi, à côté de l'héroïsme des forces alliées et des forces de la Résistance, une autre lumière continuait à briller dans la nuit. A Saint-Amand, comme ailleurs !
Mais ce glorieux passé a été couvert de l'ombre de celui qui fut condamné en 1998, pour crime contre l'humanité.
Vous l'avez compris, le passé de Maurice Papon a assombri l'histoire de notre ville. Il est temps d'honorer celles et ceux qui se sont conduits comme des héros.
Pourquoi aujourd'hui, me direz-vous ? Une Juste du Cher est encore vivante.
Notre ville se doit de lui rendre hommage au nom de tous les Justes Saint-Amandois restés anonymes.
Je vous propose de donner à la Ville de Saint-Amand-Montrond une Esplanade afin d'honorer la Mémoire des Justes, notamment les 17 Justes du Cher dont 2 de Saint-Amand, les époux Laneurie.
Cette Esplanade des Justes se situera dans le prolongement de la Place de Juillet.
Une stèle sera dédiée à la mémoire de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants qui ont été l'honneur, le courage et la dignité de la France.
C'est une leçon de mémoire pour l'avenir et d'espérance en la vie.
L'inauguration, si vous choisissez d'accepter ce projet de Mémoire et de Justice, se déroulera le mercredi 5 mai 2010."
Le Berry :
- "L’esplanade se situera dans le prolongement de la place de Juillet, entre la rue Gaston-Guillemain et la rue Roger-Pearon (...).
L’annonce a été très applaudie par des conseillers de tous bords."
Juliette Laneurie, Juste parmi les Nations, avec Jean-Yves, son fils adopté (Ph. Arch. fam. Laneurie / DR).
Synthèse actualisée du dossier Yad Vashem
pour les deux Justes de Saint-Amand-Montrond :
- "Pierre-Aimé et Juliette Laneurie habitaient, depuis leur mariage en 1929, à Saint-Amand-Montrond (Cher). Il avait été conseillé à Juliette de ne pas mettre d'enfant au monde, compte tenu d'une maladie héréditaire dans sa famille. Le couple prit alors la décision d'une adoption.
Ils prirent contact avec des organisations de résistance juive à Paris qui les orientèrent vers le Sud Ouest où plusieurs maisons d’Enfants avaient accueilli des gosses dont les parents avaient été emmenés.
C’est dans une de ces maisons , près de Montauban qu’ils furent mis en présence de plusieurs de ces enfants . Leur choix, difficile bien sûr, se porta sur Jean-Yves, un garçonnet asthmatique de trois ans, fils de juifs parisiens. Ils regagnèrent Saint-Amand avec lui et l'adoptèrent en bonne et due forme.
C'était le printemps 1943.
Grâce à la grande humanité de l’archiprêtre Doucet, l’enfant fut baptisé, et Jean-Yves témoigna plus tard que cela lui permit de garder la vie sauve. Tous les juifs de la ville étaient en effet enregistrés auprès des services de la mairie, conformément à la législation anti-juive de 1940.
Or, en Juillet 1944, sur l’ordre d’un chef milicien, une rafle frappa les juifs de Saint Amand et de la région. 36 d'entre eux furent exécutés dans les sinistres puits de la ferme de Guerry (près de Bourges) !
Après guerre, on ignora le sort des parents naturels de cet enfant adopté et élevé par les Laneurie.
Lorsque Jean-Yves leur annonça, après ses études universitaires à Paris, qu'il avait décidé d’épouser Jenny, une jeune fille issue d’une famille Juive des Ardennes, elle fut très chaleureusement accueillie par ses beaux parents et porta très naturellement, et avec bonheur, leur nom de famille « Laneurie ».
Jean-Yves et Jenny ont d’ailleurs élevé leur propres enfants, Florence et Olivier, dans la tradition Juive.
Pierre-Aimé et Juliette Laneurie ont été reconnus Justes parmi les Nations en 1992."

Mercredi 5 mai 2010
Saint-Amand-Montrond
mettra en lumière les Justes
en rejetant l'ombre
de son ancien Maire
complice de crimes contre l'humanité
Le Berry :
- "Coup de théâtre hier soir, au conseil municipal de Saint-Amand. À la toute fin de la réunion, le maire Thierry Vinçon prend la parole. Et dans un discours ferme, tourne une fois pour toutes la page Maurice Papon, qui selon ses mots, « a couvert d'ombre le glorieux passé de Saint-Amand »."
(10 avril 2010).
Thierry Vinçon, Maire de Saint-Amand-Montrond :
- "Le 16 juillet 1995, pour la première fois, un Président de la République française, Monsieur Jacques Chirac, reconnaisait la responsabilité du gouvernement de Vichy, alors dénommé "Etat français", dans la collaboration à l'entreprise criminelle nazie d'extermination des Juifs de France.
La dénonciation de cette période sombre de notre histoire s'est accompagnée d'un hommage rendu aux Françaises et aux Français qui, quotidiennement, ont agi au péril de leur vie, avec courage et abnégation, pour sauver des familles juives de la barbarie.
Ceux qui ont eu un tel comportement ont été dénommés "Justes parmi les Nations" par la commission pour Yad Vashem. Ce titre a été décerné à cette date à près de 3000 Français, dont un peu moins de 200 sont toujours en vie.
Ainsi, à côté de l'héroïsme des forces alliées et des forces de la Résistance, une autre lumière continuait à briller dans la nuit. A Saint-Amand, comme ailleurs !
Mais ce glorieux passé a été couvert de l'ombre de celui qui fut condamné en 1998, pour crime contre l'humanité.
Vous l'avez compris, le passé de Maurice Papon a assombri l'histoire de notre ville. Il est temps d'honorer celles et ceux qui se sont conduits comme des héros.
Pourquoi aujourd'hui, me direz-vous ? Une Juste du Cher est encore vivante.
Notre ville se doit de lui rendre hommage au nom de tous les Justes Saint-Amandois restés anonymes.
Je vous propose de donner à la Ville de Saint-Amand-Montrond une Esplanade afin d'honorer la Mémoire des Justes, notamment les 17 Justes du Cher dont 2 de Saint-Amand, les époux Laneurie.
Cette Esplanade des Justes se situera dans le prolongement de la Place de Juillet.
Une stèle sera dédiée à la mémoire de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants qui ont été l'honneur, le courage et la dignité de la France.
C'est une leçon de mémoire pour l'avenir et d'espérance en la vie.
L'inauguration, si vous choisissez d'accepter ce projet de Mémoire et de Justice, se déroulera le mercredi 5 mai 2010."
Le Berry :
- "L’esplanade se situera dans le prolongement de la place de Juillet, entre la rue Gaston-Guillemain et la rue Roger-Pearon (...).
L’annonce a été très applaudie par des conseillers de tous bords."
Juliette Laneurie, Juste parmi les Nations, avec Jean-Yves, son fils adopté (Ph. Arch. fam. Laneurie / DR).Synthèse actualisée du dossier Yad Vashem
pour les deux Justes de Saint-Amand-Montrond :
- "Pierre-Aimé et Juliette Laneurie habitaient, depuis leur mariage en 1929, à Saint-Amand-Montrond (Cher). Il avait été conseillé à Juliette de ne pas mettre d'enfant au monde, compte tenu d'une maladie héréditaire dans sa famille. Le couple prit alors la décision d'une adoption.
Ils prirent contact avec des organisations de résistance juive à Paris qui les orientèrent vers le Sud Ouest où plusieurs maisons d’Enfants avaient accueilli des gosses dont les parents avaient été emmenés.
C’est dans une de ces maisons , près de Montauban qu’ils furent mis en présence de plusieurs de ces enfants . Leur choix, difficile bien sûr, se porta sur Jean-Yves, un garçonnet asthmatique de trois ans, fils de juifs parisiens. Ils regagnèrent Saint-Amand avec lui et l'adoptèrent en bonne et due forme.
C'était le printemps 1943.
Grâce à la grande humanité de l’archiprêtre Doucet, l’enfant fut baptisé, et Jean-Yves témoigna plus tard que cela lui permit de garder la vie sauve. Tous les juifs de la ville étaient en effet enregistrés auprès des services de la mairie, conformément à la législation anti-juive de 1940.
Or, en Juillet 1944, sur l’ordre d’un chef milicien, une rafle frappa les juifs de Saint Amand et de la région. 36 d'entre eux furent exécutés dans les sinistres puits de la ferme de Guerry (près de Bourges) !
Après guerre, on ignora le sort des parents naturels de cet enfant adopté et élevé par les Laneurie.
Lorsque Jean-Yves leur annonça, après ses études universitaires à Paris, qu'il avait décidé d’épouser Jenny, une jeune fille issue d’une famille Juive des Ardennes, elle fut très chaleureusement accueillie par ses beaux parents et porta très naturellement, et avec bonheur, leur nom de famille « Laneurie ».
Jean-Yves et Jenny ont d’ailleurs élevé leur propres enfants, Florence et Olivier, dans la tradition Juive.
Pierre-Aimé et Juliette Laneurie ont été reconnus Justes parmi les Nations en 1992."
Libellés :
Comité Français Yad Vashem,
Justes,
Mémoire,
Shoah,
Vichy
lundi 8 mars 2010
P. 208. Histoire et mémoire de la Shoah à Angers
.
La Chambre de Commerce et d'Industrie du Maine-et-Loire
- Responsable pédagogique : Norbert Bensaadon -
programme du 9 au 12 mars
(les travaux se prolongeront jusqu’au 26 mars)
une série de conférences
"Histoire et mémoire de la Shoah.
Devoir de mémoire."
au Centre Pierre Cointreau,
132 avenue Delattre de Tassigny à Angers
Auschwitz (Graph. JEA / DR).
Mardi 09/03/2010 de 9h10 à 12h10
Alain JACOBZONE, professeur agrégé d’histoire,
Le régime de Vichy, le pétainisme et le destin des Juifs en Anjou (1940-1944).
- "Né en 1948, professeur agrégé d’histoire, il enseigne au lycée Bergson à Angers. Il s’est d’abord fait connaître par ses travaux sur la première guerre mondiale, vécue à l’arrière dans les tranchées (« En Anjou, loin du front » et « Sang d’encre »).
Spécialiste de l'Occupation, il a publié un excellent ouvrage sur la déportation des juifs en Anjou : "L’éradication tranquille". Alain Jacobzone, mesure mieux que quiconque les enjeux de ce travail d'information. Il continue d’explorer les infinies souffrances endurées par les civils dans les guerres modernes dont ils sont bien, comme les soldats des victimes.
«Beaucoup croient que, parce qu'elles sont civilisées, nos sociétés sont immunisées contre la violence. C'est faux. L'histoire en tant que discipline de débats contribue à le rappeler.»
Sera évoqué "le convoi n°8 de déportés d’origine juive parti d’Angers le 20 juillet 1942 vers Auschwitz. Sur les 824 juifs dont 430 femmes, 800 sont entrés dans le camp. Une grande partie d’entre eux furent massacrés à l’intérieur du camp de Birkenau. À la fin de la guerre, seuls 20 survivants, dont 2 femmes, reviendront."
Mercredi 10/03/2010 de 9h10 à 10h05
Angelina PELTIER, psychologue du travail,
L’expérience de Milgram, degré d’obéissance et processus de soumission à l’autorité.
- "Chargée de recrutement et de formation au début de sa carrière en 1997, elle devient chargée de recherche en 1998 puis responsable adjointe du site télémarketing de la Caisse d’Epargne de Bretagne en 1999.
C’est au Futuroscope de Poitiers en 2000, qu’elle devient chargée de mission auprès
de la Direction des Ressources Humaines. Elle y forme les managers à la technique de recrutement, elle créé les outils de pilotage des Ressources Humaines et sensibilise à l’ergonomie.
En 2000, elle est consultante en ressources humaines à l’Institut Florian Mantione et est depuis 2001, coordinatrice du pôle mesures pour l’emploi au sein de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Maine-et-Loire. Elle prend en charge les bilans de compétences et les Validations des Acquis de l’Expérience.
Dynamique et à l’écoute de l’air du temps, elle projette de s’orienter vers l’insertion des travailleurs handicapés et des seniors de plus de 50 ans. Ce serait l’occasion pour elle, de mettre à leur service ses compétences d’ergonome du travail."
Auschwitz (Graph. JEA / DR).
Mercredi 10/03/2010 de 10h20 à 12h10
Alban PERRIN, intervenant du Mémorial de la Shoah,
Auschwitz et la solution finale.
- "En 1950, Isaac Schneersohn décide de créer un Tombeau-Mémorial destiné aux victimes de la Shoah. Cette idée suscite l'opposition d'une partie de la communauté juive qui ne voulait pas "d'une institution tournée vers le passé". Isaac Schneersohn s'attache alors à fonder un large comité de parrainage comprenant de nombreuses personnalités. Lorsque le chef du gouvernement du très récent Etat d'Israël est sollicité, David Ben Gourion prend conscience que le premier Mémorial dédié aux victimes juives du nazisme verrait le jour à Paris. Aussi très vite, l'Etat d'Israël crée Yad Vashem, à Jérusalem, avec qui le CDJC établit des liens privilégiés.
La première pierre du Mémorial est posée le 17 mai 1953 à Paris. Plusieurs pays, la France, la Belgique, le Luxembourg, la Yougoslavie contribuent à la construction du Mémorial par la donation d'une oeuvre d'art.
Le bâtiment est inauguré le 30 octobre 1956 en présence de 50 délégations des communautés juives du monde entier. Des cendres provenant des camps d'extermination et du ghetto de Varsovie sont solennellement déposées le 24 février 1957 dans la crypte du Mémorial par le grand rabbin Jacob
Kaplan. Classé monument historique depuis 1991, le Mémorial du Martyr Juif Inconnu accueille chaque année les principales cérémonies liées à la Shoah.
Le CDJC, qui avait déménagé à Paris après la Libération, a trouvé en 1956 une place naturelle dans les murs du Mémorial.
Le développement du centre de recherche sur la Shoah, devenu l'un des tout premiers en Europe, comme celui des activités du Mémorial, notamment en direction des publics scolaires, ont amené le
conseil d'administration à la création du Mémorial de la Shoah.Achevée fin 2004, une extension du Mémorial a permis notamment d'offrir davantage de place aux chercheurs dans les salles de lecture, de déployer l'exposition permanente sur l'histoire de la Shoah, de créer un espace multimédia, un auditorium et d'ériger à l'extérieur du bâtiment « le Mur des noms» où ont été gravés les noms de tous les Juifs déportés de France."
Jeudi 11/03/2010 de 15h30 à 17h20
Docteur Henri BORLANT, dernier survivant du convoi n° 8,
Témoignage de la déportation raciale des Juifs vers des camps d’extermination
- "Né à Paris dans une famille d'immigrés juifs russes de neuf enfants, Henri Borlant a 12 ans en 1939. Le 13e arrondissement de Paris ayant organisé l'évacuation de ses familles nombreuses juste avant la déclaration de guerre, les Borlant se réfugient à Saint-Lambert-du-Lattay (Maine-et-Loire). Les enfants sont scolarisés dans l'école catholique du village et baptisés.
Le 15 juillet 1942, veille des rafles du Vél d'Hiv à Paris, des Allemands arrêtent une partie de la famille. Emprisonnés au Grand Séminaire d'Angers, Henri, son père, son frère Bernard et sa soeur Denise sont déportés le 20 juillet d'Angers vers Birkenau (Auschwitz II), en Pologne. "Le grand camp où il y aura plus de 100 000 personnes, avec plusieurs crématoires et chambres à gaz, n'existait pas encore, puisque c'est nous qui le construirons", témoigne-t-il.
Victime très tôt du typhus et de la dysenterie, il vivra l'enfer dans trois camps, échappant de justesse aux sélections du docteur Mengele pour la chambre à gaz. Son père et son frère mourront à Auschwitz. Le 3 avril 1945, Henri s'évade avec un ami du camp d'Ohrdruf, annexe de Buchenwald (Allemagne), que les nazis évacuent. Réfugiés chez un boucher antinazi, ils voient débarquer les premiers soldats américains, qu'ils amènent au camp d'Ohrdruf, jonché de cadavres. Alerté, l'état-major américain découvre l'horreur nazie dans ce camp.
Après-guerre, atteint par la tuberculose, Henri se lance dans des études de médecine et épouse une Allemande. Le docteur Borlant a mis du temps avant de revenir à Birkenau. "On oublie aussi pour survivre", estime-t-il. Dans les années 1980, il s'engage dans l'association Témoignage pour mémoire, puis au sein de la Fondation pour la mémoire de la déportation. Il dit continuer aujourd'hui à chercher le pourquoi de l'Holocauste et des autres génocides."
Vendredi 12/03/2010 de 10h20 à 12h10
Odette BERGOFFEN, Juste parmi les Nations,
Professeur Alfred SABBAH, délégué régional du Comité Français pour Yad Vachem,
La résistance silencieuse : de l’enfant caché à la reconnaissance des Justes parmi les Nations
- "Odette Bergoffen, 83 ans, reconnue Juste parmi les Nations, s'était engagée à 17 ans comme agent de liaison du réseau Confrérie Notre-Dame de Castille.
Odette Bergoffen participa au sauvetage de Mme Moscovici et ses deux enfants, Jean-Claude, 6 ans (en 1942) et Liliane, 2 ans (en 1942), elle les hébergea chez sa tante au village de Morannes. Elle reçut l'aide d'un des chefs de la résistance Jean Meunier, qui leur fournit de faux papiers et des cartes d'alimentation.
« Et si c'était à refaire, je repartirais sans la moindre hésitation ! »
Pour Alfred Sabbah, président de la communauté israélite du Maine-et-Loire, la clé contre l'oubli, c'est « la transmission par l'enseignement ».
Vendredi 12/03/2010 de 13h30 à 15h00
Bernard MAINGOT, Clément QUENTIN, résistants déportés,
La déportation politique.
- "Bernard Mingot,
Né le 20 mai 1925,
Employé dans le secteur alimentaire.
Résistance : LIBRE-NORD – agent de liaison.
Arrêté par la gestapo le 19 février 1944.
Prisons : Angers – Compiègne,
MAUTHAUSEN le 8 avril 1944 – matricule 62739,
Kommandos : MELK – EBENSEE.
Clément Quentin,
Né le 18 septembre 1920,
Cultivateur.
Arrêté le 26 avril 1944.
Prisons : Angers – Compiègne,
Déporté le 18 juin 1944,
Libéré le 29 avril 1945 du camp de Dachau."
NB : Extraits de la brochure CCI de Maine et Loire, laquelle présentante ces conférences.
La Chambre de Commerce et d'Industrie du Maine-et-Loire- Responsable pédagogique : Norbert Bensaadon -
programme du 9 au 12 mars
(les travaux se prolongeront jusqu’au 26 mars)
une série de conférences
"Histoire et mémoire de la Shoah.
Devoir de mémoire."
au Centre Pierre Cointreau,
132 avenue Delattre de Tassigny à Angers
Auschwitz (Graph. JEA / DR).Mardi 09/03/2010 de 9h10 à 12h10
Alain JACOBZONE, professeur agrégé d’histoire,
Le régime de Vichy, le pétainisme et le destin des Juifs en Anjou (1940-1944).
- "Né en 1948, professeur agrégé d’histoire, il enseigne au lycée Bergson à Angers. Il s’est d’abord fait connaître par ses travaux sur la première guerre mondiale, vécue à l’arrière dans les tranchées (« En Anjou, loin du front » et « Sang d’encre »).
Spécialiste de l'Occupation, il a publié un excellent ouvrage sur la déportation des juifs en Anjou : "L’éradication tranquille". Alain Jacobzone, mesure mieux que quiconque les enjeux de ce travail d'information. Il continue d’explorer les infinies souffrances endurées par les civils dans les guerres modernes dont ils sont bien, comme les soldats des victimes.
«Beaucoup croient que, parce qu'elles sont civilisées, nos sociétés sont immunisées contre la violence. C'est faux. L'histoire en tant que discipline de débats contribue à le rappeler.»
Sera évoqué "le convoi n°8 de déportés d’origine juive parti d’Angers le 20 juillet 1942 vers Auschwitz. Sur les 824 juifs dont 430 femmes, 800 sont entrés dans le camp. Une grande partie d’entre eux furent massacrés à l’intérieur du camp de Birkenau. À la fin de la guerre, seuls 20 survivants, dont 2 femmes, reviendront."
Mercredi 10/03/2010 de 9h10 à 10h05
Angelina PELTIER, psychologue du travail,
L’expérience de Milgram, degré d’obéissance et processus de soumission à l’autorité.
- "Chargée de recrutement et de formation au début de sa carrière en 1997, elle devient chargée de recherche en 1998 puis responsable adjointe du site télémarketing de la Caisse d’Epargne de Bretagne en 1999.
C’est au Futuroscope de Poitiers en 2000, qu’elle devient chargée de mission auprès
de la Direction des Ressources Humaines. Elle y forme les managers à la technique de recrutement, elle créé les outils de pilotage des Ressources Humaines et sensibilise à l’ergonomie.
En 2000, elle est consultante en ressources humaines à l’Institut Florian Mantione et est depuis 2001, coordinatrice du pôle mesures pour l’emploi au sein de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Maine-et-Loire. Elle prend en charge les bilans de compétences et les Validations des Acquis de l’Expérience.
Dynamique et à l’écoute de l’air du temps, elle projette de s’orienter vers l’insertion des travailleurs handicapés et des seniors de plus de 50 ans. Ce serait l’occasion pour elle, de mettre à leur service ses compétences d’ergonome du travail."
Auschwitz (Graph. JEA / DR).Mercredi 10/03/2010 de 10h20 à 12h10
Alban PERRIN, intervenant du Mémorial de la Shoah,
Auschwitz et la solution finale.
- "En 1950, Isaac Schneersohn décide de créer un Tombeau-Mémorial destiné aux victimes de la Shoah. Cette idée suscite l'opposition d'une partie de la communauté juive qui ne voulait pas "d'une institution tournée vers le passé". Isaac Schneersohn s'attache alors à fonder un large comité de parrainage comprenant de nombreuses personnalités. Lorsque le chef du gouvernement du très récent Etat d'Israël est sollicité, David Ben Gourion prend conscience que le premier Mémorial dédié aux victimes juives du nazisme verrait le jour à Paris. Aussi très vite, l'Etat d'Israël crée Yad Vashem, à Jérusalem, avec qui le CDJC établit des liens privilégiés.
La première pierre du Mémorial est posée le 17 mai 1953 à Paris. Plusieurs pays, la France, la Belgique, le Luxembourg, la Yougoslavie contribuent à la construction du Mémorial par la donation d'une oeuvre d'art.
Le bâtiment est inauguré le 30 octobre 1956 en présence de 50 délégations des communautés juives du monde entier. Des cendres provenant des camps d'extermination et du ghetto de Varsovie sont solennellement déposées le 24 février 1957 dans la crypte du Mémorial par le grand rabbin Jacob
Kaplan. Classé monument historique depuis 1991, le Mémorial du Martyr Juif Inconnu accueille chaque année les principales cérémonies liées à la Shoah.
Le CDJC, qui avait déménagé à Paris après la Libération, a trouvé en 1956 une place naturelle dans les murs du Mémorial.
Le développement du centre de recherche sur la Shoah, devenu l'un des tout premiers en Europe, comme celui des activités du Mémorial, notamment en direction des publics scolaires, ont amené le
conseil d'administration à la création du Mémorial de la Shoah.Achevée fin 2004, une extension du Mémorial a permis notamment d'offrir davantage de place aux chercheurs dans les salles de lecture, de déployer l'exposition permanente sur l'histoire de la Shoah, de créer un espace multimédia, un auditorium et d'ériger à l'extérieur du bâtiment « le Mur des noms» où ont été gravés les noms de tous les Juifs déportés de France."
Jeudi 11/03/2010 de 15h30 à 17h20
Docteur Henri BORLANT, dernier survivant du convoi n° 8,
Témoignage de la déportation raciale des Juifs vers des camps d’extermination
- "Né à Paris dans une famille d'immigrés juifs russes de neuf enfants, Henri Borlant a 12 ans en 1939. Le 13e arrondissement de Paris ayant organisé l'évacuation de ses familles nombreuses juste avant la déclaration de guerre, les Borlant se réfugient à Saint-Lambert-du-Lattay (Maine-et-Loire). Les enfants sont scolarisés dans l'école catholique du village et baptisés.
Le 15 juillet 1942, veille des rafles du Vél d'Hiv à Paris, des Allemands arrêtent une partie de la famille. Emprisonnés au Grand Séminaire d'Angers, Henri, son père, son frère Bernard et sa soeur Denise sont déportés le 20 juillet d'Angers vers Birkenau (Auschwitz II), en Pologne. "Le grand camp où il y aura plus de 100 000 personnes, avec plusieurs crématoires et chambres à gaz, n'existait pas encore, puisque c'est nous qui le construirons", témoigne-t-il.
Victime très tôt du typhus et de la dysenterie, il vivra l'enfer dans trois camps, échappant de justesse aux sélections du docteur Mengele pour la chambre à gaz. Son père et son frère mourront à Auschwitz. Le 3 avril 1945, Henri s'évade avec un ami du camp d'Ohrdruf, annexe de Buchenwald (Allemagne), que les nazis évacuent. Réfugiés chez un boucher antinazi, ils voient débarquer les premiers soldats américains, qu'ils amènent au camp d'Ohrdruf, jonché de cadavres. Alerté, l'état-major américain découvre l'horreur nazie dans ce camp.
Après-guerre, atteint par la tuberculose, Henri se lance dans des études de médecine et épouse une Allemande. Le docteur Borlant a mis du temps avant de revenir à Birkenau. "On oublie aussi pour survivre", estime-t-il. Dans les années 1980, il s'engage dans l'association Témoignage pour mémoire, puis au sein de la Fondation pour la mémoire de la déportation. Il dit continuer aujourd'hui à chercher le pourquoi de l'Holocauste et des autres génocides."
Vendredi 12/03/2010 de 10h20 à 12h10
Odette BERGOFFEN, Juste parmi les Nations,
Professeur Alfred SABBAH, délégué régional du Comité Français pour Yad Vachem,
La résistance silencieuse : de l’enfant caché à la reconnaissance des Justes parmi les Nations
- "Odette Bergoffen, 83 ans, reconnue Juste parmi les Nations, s'était engagée à 17 ans comme agent de liaison du réseau Confrérie Notre-Dame de Castille.
Odette Bergoffen participa au sauvetage de Mme Moscovici et ses deux enfants, Jean-Claude, 6 ans (en 1942) et Liliane, 2 ans (en 1942), elle les hébergea chez sa tante au village de Morannes. Elle reçut l'aide d'un des chefs de la résistance Jean Meunier, qui leur fournit de faux papiers et des cartes d'alimentation.
« Et si c'était à refaire, je repartirais sans la moindre hésitation ! »
Pour Alfred Sabbah, président de la communauté israélite du Maine-et-Loire, la clé contre l'oubli, c'est « la transmission par l'enseignement ».
Vendredi 12/03/2010 de 13h30 à 15h00
Bernard MAINGOT, Clément QUENTIN, résistants déportés,
La déportation politique.
- "Bernard Mingot,
Né le 20 mai 1925,
Employé dans le secteur alimentaire.
Résistance : LIBRE-NORD – agent de liaison.
Arrêté par la gestapo le 19 février 1944.
Prisons : Angers – Compiègne,
MAUTHAUSEN le 8 avril 1944 – matricule 62739,
Kommandos : MELK – EBENSEE.
Clément Quentin,
Né le 18 septembre 1920,
Cultivateur.
Arrêté le 26 avril 1944.
Prisons : Angers – Compiègne,
Déporté le 18 juin 1944,
Libéré le 29 avril 1945 du camp de Dachau."
NB : Extraits de la brochure CCI de Maine et Loire, laquelle présentante ces conférences.
mardi 5 janvier 2010
P. 198. Sauvetage de la famille Sinaï à Genestelle
.
Château de Genestelle (DR).
Alphonse et Noémie Mazoyer
ainsi que leur fils Firmin
Justes parmi les Nations.Par un courrier parti de Jérusalem le 30 juillet 2009, Irena Steinfeld, Directrice à Yad Vashem (Département des Justes) annonçait à Firmin Mazoyer que lui-même et ses parents hélas décédés, allaient avoir leurs noms gravés sur le Mur d’Honneur dans le Jardin des Justes parmi les Nations.
En novembre 2009, cette reconnaissance s’est également concrétisée par une cérémonie de remise de Médaille et de Diplôme à Genestelle.
Le Dauphiné Libéré :
- « A Bise (Genestelle), Alphonse et Noémie Mazoyer et leur fils Firmin, de 1942 à 1944, ont accueilli et assuré de leur protection Richard et Edith Sinaï et leurs enfants Yvette (16 ans) et Jean (10 ans).
Originaire de Marseille, la famille Sinaï comme d’autres familles a trouvé refuge en Ardèche, plus particulièrement à Vals-les-Bains. Le répit est de courte durée. La pression allemande appuyée par une milice zélée est mise en place avec des contrôles quotidiens. Plusieurs fois retenus, notamment sans leurs enfants, Richard et Edith Sinaï échappent par miracle aux convois en direction du camp de Drancy. Ils devront par deux fois leur vie à un heureux concours de circonstances.
Monsieur Bon, hôtelier à Vals, alerte son ami Alphonse Mazoyer sur la situation de la famille Sinaï. Ils sont prêts à accueillir les époux Sinaï et leurs deux enfants. Alors qu’ils rejoignent Bise, le soir même les dernières familles Juives réfugiées à Vals-les-Bains son arrêtées par la milice pour la destination que l’on connaît.
Durant deux années, Richard, Edith et leurs enfants bénéficieront de l’hospitalité de la famille Mazoyer mais aussi de tout le village sans défection. »
(10/11/2009).
La Tribune :
- « Moments d’émotion pendant l’allocution de France Moulin, maire de Genestelle et lors de l’intervention de Robert Mizrahi, tous deux rappelant les jours noirs de la collaboration du gouvernement de Vichy avec le nazisme hitlérien : les rafles, parmi ceux qui portaient l’étoile jaune, la déportation, les chambres à gaz…
Moments d’émotion encore lorsque Firmin lui-même, Jean, Yvette et Claire, enfants et petits-enfants des époux Sinaï, s’exprimèrent sobrement mais avec cœur. Les liens noués en 1942 ne se sont pas défaits. »
(12/11/2009).
Robert Mizrahi représentait le Comité Français pour Yad Vashem à cette cérémonie à laquelle participa également une délégation de la communauté juive de Valence.
Château de Genestelle (DR).Alphonse et Noémie Mazoyer
ainsi que leur fils Firmin
Justes parmi les Nations.Par un courrier parti de Jérusalem le 30 juillet 2009, Irena Steinfeld, Directrice à Yad Vashem (Département des Justes) annonçait à Firmin Mazoyer que lui-même et ses parents hélas décédés, allaient avoir leurs noms gravés sur le Mur d’Honneur dans le Jardin des Justes parmi les Nations.
En novembre 2009, cette reconnaissance s’est également concrétisée par une cérémonie de remise de Médaille et de Diplôme à Genestelle.
Le Dauphiné Libéré :
- « A Bise (Genestelle), Alphonse et Noémie Mazoyer et leur fils Firmin, de 1942 à 1944, ont accueilli et assuré de leur protection Richard et Edith Sinaï et leurs enfants Yvette (16 ans) et Jean (10 ans).
Originaire de Marseille, la famille Sinaï comme d’autres familles a trouvé refuge en Ardèche, plus particulièrement à Vals-les-Bains. Le répit est de courte durée. La pression allemande appuyée par une milice zélée est mise en place avec des contrôles quotidiens. Plusieurs fois retenus, notamment sans leurs enfants, Richard et Edith Sinaï échappent par miracle aux convois en direction du camp de Drancy. Ils devront par deux fois leur vie à un heureux concours de circonstances.
Monsieur Bon, hôtelier à Vals, alerte son ami Alphonse Mazoyer sur la situation de la famille Sinaï. Ils sont prêts à accueillir les époux Sinaï et leurs deux enfants. Alors qu’ils rejoignent Bise, le soir même les dernières familles Juives réfugiées à Vals-les-Bains son arrêtées par la milice pour la destination que l’on connaît.
Durant deux années, Richard, Edith et leurs enfants bénéficieront de l’hospitalité de la famille Mazoyer mais aussi de tout le village sans défection. »
(10/11/2009).
La Tribune :
- « Moments d’émotion pendant l’allocution de France Moulin, maire de Genestelle et lors de l’intervention de Robert Mizrahi, tous deux rappelant les jours noirs de la collaboration du gouvernement de Vichy avec le nazisme hitlérien : les rafles, parmi ceux qui portaient l’étoile jaune, la déportation, les chambres à gaz…
Moments d’émotion encore lorsque Firmin lui-même, Jean, Yvette et Claire, enfants et petits-enfants des époux Sinaï, s’exprimèrent sobrement mais avec cœur. Les liens noués en 1942 ne se sont pas défaits. »
(12/11/2009).
Robert Mizrahi représentait le Comité Français pour Yad Vashem à cette cérémonie à laquelle participa également une délégation de la communauté juive de Valence.
Libellés :
Comité Français Yad Vashem,
Justes,
Mémoire,
Shoah,
Vichy
lundi 30 novembre 2009
P. 190. Ils avaient entre 2 mois et 5 ans...
.
Inauguration d'une stèle, Square Adolphe Chérioux, Paris 15e (Ph Georges Wojakowski / DR).
Ils étaient 17, si petits.
Ils ont été déportés,
sans retour...
Depuis le 13 novembre dernier, une stèle perpétue le souvenir des 17 "tout-petits" du 15e arrondissement de Paris, victimes de la Shoah, eux dont le plus bébé ne vivait que depuis 2 mois et dont les aînés n'avaient que 5 ans.
L'inauguration de ce monument a inspiré cet hommage que signe Charles Etienne Nephtali :
- « Vite, vite, venez tous, venez tous voir, il y a plein de ballons blancs et bleus qui arrivent d’en bas, de la terre où on habitait il y a longtemps. Il y a même notre prénom et notre âge accrochés aux ballons » s’écrièrent Robert et Marcel, 5 ans, qui « étaient au ciel » depuis 67 ans déjà. Ils appelaient les 15 autres « tout-petits » qui étaient avec eux.
Oui, effectivement, « en bas », 17 élèves du Collège Georges Duhamel du 15ème arrondissement lisaient les noms des 17 « tout petits » Enfants Juifs, ces petites victimes innocentes et, à chaque évocation d'un nom, un ballon blanc ou bleu avec accroché ledit nom était lâché. Tous ces « tout petits » habitaient le 15ème arrondissement de Paris. Ils avaient, comme les 6.100 enfants Juifs de Paris et sa banlieue, été raflés avec leur Maman avant de commencer un effroyable et inhumain périple, le Vel d’Hiv, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Drancy, effroyable et inhumain périple qui s’acheva à Auschwitz dans les chambres à gaz et les fours crématoires où ils « rejoignirent » leurs Parents, comme on le leur avait « promis ». Mais ils les « rejoignirent » dans les cheminées des crématoires.
« Venez tous voir, il y a plein de monde en bas dans le parc où on n’avait pas le droit de jouer » s’écria à son tour Jacqueline, 5 ans. « Mais tu sais bien que Eliane ne sait pas encore marcher, elle a à peine 2 mois, Jean-Claude non plus, il n’a que 8 mois, Alain, Marcel, Myriam et Madeleine non plus, ils n’ont que 1 an » lui répondirent Denise, Simon, Gisèle, Solange et Bernadette, 4 ans……………et même Annick, 3 ans.
Oui, effectivement, « en bas », nous étions plusieurs centaines à assister, par ce bel après-midi du 13 novembre, quelques heures avant l’entrée de Chabbat, à l’invitation du M. Bertrand Delanoë, Maire de Paris, de M. Philippe Goujon, Maire du 15ème arrondissement, de Mme Anne Hidalgo, 1ère adjointe au Maire de Paris, de Mme Catherine Vieu-Charier, adjointe au Maire de Paris, chargée de la Mémoire et du Monde Combattant et de Mme Suzanne Feldmann, Présidente de l’Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés du 15ème arrondissement et en présence de plusieurs personnalités, au dévoilement d’une stèle, la 1ère de l’Ouest parisien, à la mémoire des 17 « tout-petits » Enfants Juifs de cet arrondissement qui n’avaient même pas eu le temps de fréquenter une école, ces 17 « tout-petits » Enfants Juifs assassinés en Déportation."
Les personnalités rassemblées pour cette inauguration (Ph. Georges Wojakowski / DR).
- « Chut ! Taisez-vous, taisez-vous, écoutez, il y a une Dame avec des cheveux blancs qui dit qu’elle était avec nous et qu’ensuite elle était partie. Elle parle de nous en pleurant. Il y a un Monsieur et 2 autres Dames qui parlent aussi de nous » s’écrièrent « les plus grands » Jacqueline, Marcel et Robert 5 ans. « Et encore une grande fille qui lit quelque chose en pleurant, elle parle d’une petite fille et de sa poupée » ajouta Maurice, 5 ans. « Mais comment ils nous connaissent ? » questionna Bernadette, 4 ans.
Oui, effectivement, « en bas », Régine, l’infatigable Régine, elle-même « enfant cachée » grâce à des « Justes », nous présenta, très émue, des sanglots dans la voix, l’AMEJD du 15ème arrondissement ainsi que le pourquoi de cette manifestation avec des mots très difficilement soutenables. Le Maire du 15ème arrondissement, M. Philippe Goujon ainsi que Mme Anne Hidalgo nous rappelèrent ensuite ce que fut le drame de ces 17 « tout-petits » Enfants assassinés par des sauvages étrangers avec la complicité d’autres sauvages,…..Français, eux, avec à leur tête Pétain, Laval et Bousquet, ces « responsables qui ont sali la France » pour reprendre la très juste expression de Mme Anne Hidalgo ! A son tour, Mme Suzanne Feldmann nous relata son incroyable sauvetage ainsi que sa vie « d’enfant cachée », terminant par cette phrase qui résume tout :
« C’est grâce à un policier que je ne suis pas un nom gravé sur cette stèle ».
Tous les orateurs soulignèrent le courage de ces hommes et femmes qui, au péril de leur vie, sauvèrent beaucoup de Juifs. Quelle émotion, quel silence et que de larmes dans les yeux de l’assistance lorsqu’une jeune fille d’une quinzaine d’années, Julie Benegmos, toute de noir vêtue, nous lut, en s’interrompant à plusieurs reprises tellement elle était émue, la traduction d’un poème yiddish « Une poupée à Auschwitz ». Ce poème racontant l'histoire déchirante et insoutenable d’une gamine dans les bras de sa Mère que des barbares poussèrent dans la chambre à gaz avec sa poupée dans les bras, sa poupée avec ses tresses blondes et ses grands yeux bleus comme la gamine, sa poupée qui, quelques instants plus tard, se retrouva seule.................sur un tas de cendres.
« Regardez, ils sont en train de découvrir une grande plaque et ils mettent des fleurs à côté » dit Denise 4 ans. « On dirait qu’il y a des noms dessus » ajouta Jacqueline 5 ans.
Oui, effectivement, « en bas », le Maire et les autres personnalités dévoilèrent et fleurir une grande stèle portant les 17 noms, prénoms et âges de ces « tout petits »…..des plus jeunes, Eliane, 2 mois et Jean-Claude 8 mois, aux plus âgés, Robert, Marcel et Jacqueline, 5 ans, assassinés en Déportation. Ces malheureux enfants arrachés des bras de leurs parents, ces malheureux enfants qui, aux yeux de ces sauvages, avaient « commis le crime » d’être nés Juifs. Comme il est poignant de se rendre compte que deux enfants portaient le même nom de famille, Judkiewicz. Frère et sœur ? Cousins ? Cousines ?
Si vous aviez assisté à cette émouvante cérémonie, vous auriez pu voir sur de grands panneaux quelques uns des visages innocents et des sourires de ces « tout petits » Enfants ainsi que ceux d’une partie des 11.400 Enfants Juifs de France grâce à l’immense travail de Serge Klarsfeld, lui appartenant au « peuple martyr » et de sa femme Béate appartenant, elle, « au peuple bourreau ». Tous ces enfants qui partirent à Auschwitz pour ne jamais en revenir, pour y être assassinés de 1942 à 1944 parce que « nés Juifs ».
« Chut ! Taisez-vous, écoutez, il y a des enfants qui chantent en français et qui chantent aussi une chanson avec des paroles comme chantait ma Maman. Regardez, regardez devant, il y a aussi un petit garçon qui joue du violon » lança Jacqueline, 5 ans.
Les élèves du Collège Georges Duhamel (15e). Au violon : William Grynszpan (Ph. Georges Wojakowski / DR).
- "Oui, effectivement, « en bas », 80 élèves du Collège Georges Duhamel du 15ème arrondissement interprétèrent sous la direction de M. Laurent Grynszpan des chansons en français et en yiddish. Mais quelle émotion de voir le jeune William Grynszpan, 9 ans, les accompagner au violon ! Un véritable prodige, ce petit William !
Mais si vous n'avez pu assister à cette émouvante cérémonie,
- provoquez l'occasion de passer par ce magnifique square Adolphe Chérioux, face à la Mairie du 15ème arrondissement,
- arrêtez-vous,
- recueillez-vous devant cette stèle,
- lisez les noms de ces 17 malheureuses petites victimes qui n’eurent même pas le temps de fréquenter une école. Ces 17 malheureuses petites victimes que des enfants, ayant actuellement l’âge où elles furent assassinées, pourraient aujourd'hui appeler Mamie et Papi.
Votre mémoire est leur unique sépulture, eux qui sont morts sans sépulture
ZAKHOR !"
(S) Charles Etienne NEPHTALI,
Inauguration d'une stèle, Square Adolphe Chérioux, Paris 15e (Ph Georges Wojakowski / DR).Ils étaient 17, si petits.
Ils ont été déportés,
sans retour...
Depuis le 13 novembre dernier, une stèle perpétue le souvenir des 17 "tout-petits" du 15e arrondissement de Paris, victimes de la Shoah, eux dont le plus bébé ne vivait que depuis 2 mois et dont les aînés n'avaient que 5 ans.
L'inauguration de ce monument a inspiré cet hommage que signe Charles Etienne Nephtali :
- « Vite, vite, venez tous, venez tous voir, il y a plein de ballons blancs et bleus qui arrivent d’en bas, de la terre où on habitait il y a longtemps. Il y a même notre prénom et notre âge accrochés aux ballons » s’écrièrent Robert et Marcel, 5 ans, qui « étaient au ciel » depuis 67 ans déjà. Ils appelaient les 15 autres « tout-petits » qui étaient avec eux.
Oui, effectivement, « en bas », 17 élèves du Collège Georges Duhamel du 15ème arrondissement lisaient les noms des 17 « tout petits » Enfants Juifs, ces petites victimes innocentes et, à chaque évocation d'un nom, un ballon blanc ou bleu avec accroché ledit nom était lâché. Tous ces « tout petits » habitaient le 15ème arrondissement de Paris. Ils avaient, comme les 6.100 enfants Juifs de Paris et sa banlieue, été raflés avec leur Maman avant de commencer un effroyable et inhumain périple, le Vel d’Hiv, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Drancy, effroyable et inhumain périple qui s’acheva à Auschwitz dans les chambres à gaz et les fours crématoires où ils « rejoignirent » leurs Parents, comme on le leur avait « promis ». Mais ils les « rejoignirent » dans les cheminées des crématoires.
« Venez tous voir, il y a plein de monde en bas dans le parc où on n’avait pas le droit de jouer » s’écria à son tour Jacqueline, 5 ans. « Mais tu sais bien que Eliane ne sait pas encore marcher, elle a à peine 2 mois, Jean-Claude non plus, il n’a que 8 mois, Alain, Marcel, Myriam et Madeleine non plus, ils n’ont que 1 an » lui répondirent Denise, Simon, Gisèle, Solange et Bernadette, 4 ans……………et même Annick, 3 ans.
Oui, effectivement, « en bas », nous étions plusieurs centaines à assister, par ce bel après-midi du 13 novembre, quelques heures avant l’entrée de Chabbat, à l’invitation du M. Bertrand Delanoë, Maire de Paris, de M. Philippe Goujon, Maire du 15ème arrondissement, de Mme Anne Hidalgo, 1ère adjointe au Maire de Paris, de Mme Catherine Vieu-Charier, adjointe au Maire de Paris, chargée de la Mémoire et du Monde Combattant et de Mme Suzanne Feldmann, Présidente de l’Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés du 15ème arrondissement et en présence de plusieurs personnalités, au dévoilement d’une stèle, la 1ère de l’Ouest parisien, à la mémoire des 17 « tout-petits » Enfants Juifs de cet arrondissement qui n’avaient même pas eu le temps de fréquenter une école, ces 17 « tout-petits » Enfants Juifs assassinés en Déportation."
Les personnalités rassemblées pour cette inauguration (Ph. Georges Wojakowski / DR).- « Chut ! Taisez-vous, taisez-vous, écoutez, il y a une Dame avec des cheveux blancs qui dit qu’elle était avec nous et qu’ensuite elle était partie. Elle parle de nous en pleurant. Il y a un Monsieur et 2 autres Dames qui parlent aussi de nous » s’écrièrent « les plus grands » Jacqueline, Marcel et Robert 5 ans. « Et encore une grande fille qui lit quelque chose en pleurant, elle parle d’une petite fille et de sa poupée » ajouta Maurice, 5 ans. « Mais comment ils nous connaissent ? » questionna Bernadette, 4 ans.
Oui, effectivement, « en bas », Régine, l’infatigable Régine, elle-même « enfant cachée » grâce à des « Justes », nous présenta, très émue, des sanglots dans la voix, l’AMEJD du 15ème arrondissement ainsi que le pourquoi de cette manifestation avec des mots très difficilement soutenables. Le Maire du 15ème arrondissement, M. Philippe Goujon ainsi que Mme Anne Hidalgo nous rappelèrent ensuite ce que fut le drame de ces 17 « tout-petits » Enfants assassinés par des sauvages étrangers avec la complicité d’autres sauvages,…..Français, eux, avec à leur tête Pétain, Laval et Bousquet, ces « responsables qui ont sali la France » pour reprendre la très juste expression de Mme Anne Hidalgo ! A son tour, Mme Suzanne Feldmann nous relata son incroyable sauvetage ainsi que sa vie « d’enfant cachée », terminant par cette phrase qui résume tout :
« C’est grâce à un policier que je ne suis pas un nom gravé sur cette stèle ».
Tous les orateurs soulignèrent le courage de ces hommes et femmes qui, au péril de leur vie, sauvèrent beaucoup de Juifs. Quelle émotion, quel silence et que de larmes dans les yeux de l’assistance lorsqu’une jeune fille d’une quinzaine d’années, Julie Benegmos, toute de noir vêtue, nous lut, en s’interrompant à plusieurs reprises tellement elle était émue, la traduction d’un poème yiddish « Une poupée à Auschwitz ». Ce poème racontant l'histoire déchirante et insoutenable d’une gamine dans les bras de sa Mère que des barbares poussèrent dans la chambre à gaz avec sa poupée dans les bras, sa poupée avec ses tresses blondes et ses grands yeux bleus comme la gamine, sa poupée qui, quelques instants plus tard, se retrouva seule.................sur un tas de cendres.
« Regardez, ils sont en train de découvrir une grande plaque et ils mettent des fleurs à côté » dit Denise 4 ans. « On dirait qu’il y a des noms dessus » ajouta Jacqueline 5 ans.
Oui, effectivement, « en bas », le Maire et les autres personnalités dévoilèrent et fleurir une grande stèle portant les 17 noms, prénoms et âges de ces « tout petits »…..des plus jeunes, Eliane, 2 mois et Jean-Claude 8 mois, aux plus âgés, Robert, Marcel et Jacqueline, 5 ans, assassinés en Déportation. Ces malheureux enfants arrachés des bras de leurs parents, ces malheureux enfants qui, aux yeux de ces sauvages, avaient « commis le crime » d’être nés Juifs. Comme il est poignant de se rendre compte que deux enfants portaient le même nom de famille, Judkiewicz. Frère et sœur ? Cousins ? Cousines ?
Si vous aviez assisté à cette émouvante cérémonie, vous auriez pu voir sur de grands panneaux quelques uns des visages innocents et des sourires de ces « tout petits » Enfants ainsi que ceux d’une partie des 11.400 Enfants Juifs de France grâce à l’immense travail de Serge Klarsfeld, lui appartenant au « peuple martyr » et de sa femme Béate appartenant, elle, « au peuple bourreau ». Tous ces enfants qui partirent à Auschwitz pour ne jamais en revenir, pour y être assassinés de 1942 à 1944 parce que « nés Juifs ».
« Chut ! Taisez-vous, écoutez, il y a des enfants qui chantent en français et qui chantent aussi une chanson avec des paroles comme chantait ma Maman. Regardez, regardez devant, il y a aussi un petit garçon qui joue du violon » lança Jacqueline, 5 ans.
Les élèves du Collège Georges Duhamel (15e). Au violon : William Grynszpan (Ph. Georges Wojakowski / DR).- "Oui, effectivement, « en bas », 80 élèves du Collège Georges Duhamel du 15ème arrondissement interprétèrent sous la direction de M. Laurent Grynszpan des chansons en français et en yiddish. Mais quelle émotion de voir le jeune William Grynszpan, 9 ans, les accompagner au violon ! Un véritable prodige, ce petit William !
Si vous aviez assisté à cette émouvante cérémonie, vous auriez pu voir et entendre tout cela comme les 17 « tout-petits » « virent et entendirent de là-haut ».
Mais si vous n'avez pu assister à cette émouvante cérémonie,
- provoquez l'occasion de passer par ce magnifique square Adolphe Chérioux, face à la Mairie du 15ème arrondissement,
- arrêtez-vous,
- recueillez-vous devant cette stèle,
- lisez les noms de ces 17 malheureuses petites victimes qui n’eurent même pas le temps de fréquenter une école. Ces 17 malheureuses petites victimes que des enfants, ayant actuellement l’âge où elles furent assassinées, pourraient aujourd'hui appeler Mamie et Papi.
Votre mémoire est leur unique sépulture, eux qui sont morts sans sépulture
ZAKHOR !"
(S) Charles Etienne NEPHTALI,
membre de l'Association des FFDJF.
lundi 3 août 2009
P. 161. Archives de la vie littéraire sous l'occupation
.

Présentation par l'Editeur :
« Pour ma part, depuis plusieurs années déjà je voyais venir ce qui est arrivé ; mais la réalité s’est chargée de dépasser ce que la fantaisie la plus sombre aurait pu imaginer. Nous avons touché le fond de l’abîme. Du moins saurons-nous maintenant où était le mal.»
Henri BERGSON à Léon BRUNSCHVICG, 31 juillet 1940.
«C’est une chose cruelle d’avoir à essayer d’expliquer le désastre de son pays. À vrai dire nous ne mesurons pas encore l’étendue de notre malheur.»
Jacques MARITAIN, À travers le désastre (1941).
- "Depuis la « montée des périls » jusqu'aux lendemains de la Libération, quelle a été la vie quotidienne des intellectuels français ? De quels enjeux ont-ils été les otages ou les porte-parole ? Quelles formes ont-ils données à leurs débats politiques et moraux, à leurs angoisses et à leurs espoirs ? Les questions, les archives déposées à l'Institut Mémoires de l'Edition contemporaine (IMEC) - et les documents provenant de la New York Public Library (NYPL), du Mémorial de Caen, du Deutsches Literatur Archiv de Marbach, de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et de collections privées - répondent avec sensibilité et réalisme: plus de six cent cinquante pièces d'archives sont présentées ici, illustrant la difficile situation des représentants de l'« intelligence en guerre», tout au long de ces « années noires ».
Qu'ils soient collaborateurs, attentistes, déportés, prisonniers, résistants de la première ou de la dernière heure, en exil ou dans la clandestinité, les intellectuels français se sont abondamment servis de la première de leurs armes: les mots. Pris dans l'engrenage du « désastre » dont parle Jacques Maritain, entraînés au « fond de l'abîme » qu'évoque Henri Bergson, écrivains et artistes, poètes et philosophes, directeurs de revues, journalistes, imprimeurs sont confrontés à une guerre totale, méthodiquement dirigée « contre l'Esprit ». Bien qu'occulté par les stratégies des hommes politiques et des militaires, leur rôle s'avère pourtant décisif : c'est que l'affrontement a lieu aussi au coeur même des pages des revues littéraires et poétiques et, en particulier autour de La Nouvelle Revue française - l'une des trois « puissances » françaises que les nazis veulent s'approprier : « Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu'à ce qu'elle étouffe, écrit Jean Paulhan en février 1944, pour symboliser la Résistance intellectuelle. Elle n'étouffera pas sans t'avoir piqué. C'est peu de choses, dis-tu. Oui, c'est peu de choses. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu'il n'y aurait plus d'abeilles.»
Auteurs :
Olivier Corpet est le directeur de l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC). Fondateur de La Revue des revues, il a participé à de nombreux ouvrages d'histoire littéraire et oeuvré, notamment, à l'édition critique d'oeuvres de Louis Althusser et d'Alain Robbe-Grillet. Il a récemment édité Woman of Letters : Irène Némirovsky and Suite Française (avec Garrett White, Five Ties, 2008) et dirigé la publication des Cahiers de la guerre de Marguerite Duras (POL/IMEC 2006) et du catalogue Christian Dotremont (IMEC, 2005).
Claire Paulhan : historienne de la littérature, est chargée de mission à l'IMEC et éditrice. Elle a réalisé plusieurs catalogues d'exposition (De Pontigny à Cerisy, 2002 ; Archives des années noires, 2004, etc.). Elle contribue également à la découverte de textes autobiographiques du XXe siècle, notamment à travers la maison d'édition qui porte son nom. On lui doit ainsi l'édition critique de textes de Catherine Pozzi, Jean Paulhan, Jean Follain, Valery Larbaud, Mireille Havet, ainsi que de Jean Grenier, dont elle a publié, avec Gisèle Sapiro, Sous l'Occupation.
Robert O. Paxton : historien de la France et de l'Europe au XXe siècle, est professeur émérite à Columbia University (New York). Ses travaux ont fortement contribué à renouveler l'historiographie de l'entre-deux-guerres et de la Seconde Guerre mondiale. Citons notamment : La France de Vichy, 1940-1944 (Seuil, 1973, 1997), L'Armée de Vichy : le corps des officiers français, 1940-1944 (Tallandier, 2004) et Le Fascisme en action (Seuil, 2004).
Sommaire :
- De l'avant-guerre à la débâcle.
- Vivre et survivre sous l'occupation.
- Les métiers du livre et de la presse sous la férule nazie.
- Séductions de la collaboration intellectuelle.
- Faits prisonniers.
- Persécutés et déportés.
- Oser résister : le combat de l'esprit.
- Solidarités internationales.
- La libération et ses lendemains.
(1) Symboles de la collaboration littéraire, ces "voyageurs de Weimar" : Brasillach, Drieu la Rochelle, Ramon Fernandez (Mont. JEA / DR).
Critiques :
Jérôme Garcin.
- "On y trouve des tracts antisémites et anticommunistes, des fac-similés de lettres et de journaux, la reproduction de la liste Otto des ouvrages interdits ou les couvertures des Editions de Minuit clandestines. Citons, parmi tant de raretés :
- une photo de l'élève officier Louis Althusser avant d'être fait prisonnier ;
- un reportage sur l'inauguration de l'exposition Breker à l'Orangerie, où Cocteau voisine avec Brasillach ;
- une lettre de Bergson à Brunschvicg : «Du moins saurons-nous maintenant où était le mal» ;
- le manuscrit du poème «Liberté» d'Eluard ;
- et cette conférence inédite prononcée par Sartre, en 1946, à Montréal, où le philosophe a cette phrase sidérante : «La Résistance littéraire n'a pas laissé d'oeuvres, elle a laissé un esprit...»
Un peu plus loin, comme pour lui répondre, Michel Prévost raconte la mort, les armes à la main, de son père, Jean Prévost, assassiné par les nazis au pied du Vercors. C'était un écrivain.
(Le Nouvel Observateur, 4 juin 2009).
(2) "Brochette d'artistes qui font la risette au milieu des nazis : Paul Belmondo, Paul Landowski, André Derain" (Mont. JEA / DR).
François-Guillaume Lorrain :
- "On connaissait le voyage à Weimar des écrivains Drieu la Rochelle, Ramon Fernandez, Brasillach (1) ou Chardonne, invités en octobre 1941 à s'enivrer des charmes de l'idéologie nazie. Grâce aux fabuleuses « Archives de la vie littéraire sous l'Occupation » (650 documents commentés), on découvre le même pèlerinage, moins connu, de nos artistes qui, le mois suivant, font risette gare de l'Est au milieu des nazis. Jolie brochette : Paul Belmondo, Paul Landowski, André Derain (2)...
Que de perles dans ce travail de l'Imec qui balaie toutes les attitudes, exhume revues, carnets secrets, missives intimes, témoignages à chaud, comme ce premier récit d'Oradour-sur-Glane transmis par Georges Duhamel... On revit, rue des Arènes, l'arrestation de Jean Paulhan, l'ex-directeur de La NRF résistant, qui devra son salut à l'intervention de... Drieu la Rochelle, pourtant passé à l'Allemand : solidarité entre directeurs de La NRF !
C'est aussi Louis Althusser qui jette un dernier billet de son wagon plombé : « Prévenez l'Ecole ! » ; cette Rue d'Ulm dont le directeur, Jérôme Carcopino, vient de signifier son congé à son professeur juif, Jean Wahl : « Je vous prie de vous considérer comme déchargé de la tâche que vous aviez si aimablement acceptée. » Qu'en termes choisis ces choses-là sont dites ! Quand Bernard Grasset, premier éditeur d'Irène Némirovsky, a de lui-même retiré ses livres de la vente, Robert Esmenard, à la tête d'Albin Michel, écrit à cette femme interdite de publication pour l'assurer de son aide financière. Tout est dit !"
(Le Point, 4 juin 2009).
(3) "Créateurs exécutés" : Benjamin Fondane, Irène Némirovsky, Max Jacob, Benjamin Crémieux (Montage JEA / DR).
Antoine Perraud :
- "Deux lettres résument la période. En novembre 1940, Gaston Gallimard écrit sèchement à Jacques Schiffrin, créateur de la «Bibliothèque de la Pléiade», pour le congédier, en vertu de la législation antisémite tout juste en vigueur. En septembre 1944, Raymond Gallimard, le frère de Gaston, écrit la bouche en cœur au même Jacques Schiffrin, qui avait pu trouver refuge à New York, l’invitant à reprendre sa tâche, lui signalant, comme si de rien n’était, qu’un Rimbaud va paraître en Pléiade… Jacques Schiffrin ne devait pas revenir. Il s’en explique dans une lettre poignante à Jean Paulhan.
On découvre les tragiques tribulations de Jean Wahl, professeur révoqué de l’Alma Mater. On tombe, dans l’Oflag IV-D, sur le PDG (prisonnier de guerre) 2323, Jean Guitton, qui tient son Journal de captivité. Et pendant ce temps, sur un papier à en-tête du dispensaire municipal de Bezons (Seine-et-Oise), le docteur L.F. Destouches (Céline), adresse un courrier à l’une des âmes damnées de l’ambassade du Reich à Paris, Karl Epting, lui demandant d’intercéder afin que l’éditeur Denoël ne manque plus de papier «pour imprimer mes livres»…
Les pages les plus passionnantes reflètent les activités de la revue Confluences, autour de René Tavernier à Lyon, ou de la revue Fontaine, à Alger, animée par Max-Pol Fouchet, qui reproduisait fièrement la lettre menaçante que lui avait adressée le secrétaire d’État à l’information, Paul Marion, exaspéré par l’hostilité du périodique manifestée entre les lignes: «Ces allusions, pour habiles qu’elles soient, si elles échappent aux censeurs locaux, n’en sont pas moins notées à Vichy.»
De tous les documents, les plus émouvants concernent les créateurs exterminés (3) : Irène Némirovsky, Max Jacob, Benjamin Crémieux, ou encore le poète Benjamin Fondane, arrivé de Roumanie à Paris en 1923, qui apparaît en ces pages par la grâce d’une photographie d’identité qu’avait conservée de lui Jean Paulhan."
(La-Croix.com, 2 août 2009).

Présentation par l'Editeur :
« Pour ma part, depuis plusieurs années déjà je voyais venir ce qui est arrivé ; mais la réalité s’est chargée de dépasser ce que la fantaisie la plus sombre aurait pu imaginer. Nous avons touché le fond de l’abîme. Du moins saurons-nous maintenant où était le mal.»
Henri BERGSON à Léon BRUNSCHVICG, 31 juillet 1940.
«C’est une chose cruelle d’avoir à essayer d’expliquer le désastre de son pays. À vrai dire nous ne mesurons pas encore l’étendue de notre malheur.»
Jacques MARITAIN, À travers le désastre (1941).
- "Depuis la « montée des périls » jusqu'aux lendemains de la Libération, quelle a été la vie quotidienne des intellectuels français ? De quels enjeux ont-ils été les otages ou les porte-parole ? Quelles formes ont-ils données à leurs débats politiques et moraux, à leurs angoisses et à leurs espoirs ? Les questions, les archives déposées à l'Institut Mémoires de l'Edition contemporaine (IMEC) - et les documents provenant de la New York Public Library (NYPL), du Mémorial de Caen, du Deutsches Literatur Archiv de Marbach, de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et de collections privées - répondent avec sensibilité et réalisme: plus de six cent cinquante pièces d'archives sont présentées ici, illustrant la difficile situation des représentants de l'« intelligence en guerre», tout au long de ces « années noires ».
Qu'ils soient collaborateurs, attentistes, déportés, prisonniers, résistants de la première ou de la dernière heure, en exil ou dans la clandestinité, les intellectuels français se sont abondamment servis de la première de leurs armes: les mots. Pris dans l'engrenage du « désastre » dont parle Jacques Maritain, entraînés au « fond de l'abîme » qu'évoque Henri Bergson, écrivains et artistes, poètes et philosophes, directeurs de revues, journalistes, imprimeurs sont confrontés à une guerre totale, méthodiquement dirigée « contre l'Esprit ». Bien qu'occulté par les stratégies des hommes politiques et des militaires, leur rôle s'avère pourtant décisif : c'est que l'affrontement a lieu aussi au coeur même des pages des revues littéraires et poétiques et, en particulier autour de La Nouvelle Revue française - l'une des trois « puissances » françaises que les nazis veulent s'approprier : « Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu'à ce qu'elle étouffe, écrit Jean Paulhan en février 1944, pour symboliser la Résistance intellectuelle. Elle n'étouffera pas sans t'avoir piqué. C'est peu de choses, dis-tu. Oui, c'est peu de choses. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu'il n'y aurait plus d'abeilles.»
Auteurs :
Olivier Corpet est le directeur de l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC). Fondateur de La Revue des revues, il a participé à de nombreux ouvrages d'histoire littéraire et oeuvré, notamment, à l'édition critique d'oeuvres de Louis Althusser et d'Alain Robbe-Grillet. Il a récemment édité Woman of Letters : Irène Némirovsky and Suite Française (avec Garrett White, Five Ties, 2008) et dirigé la publication des Cahiers de la guerre de Marguerite Duras (POL/IMEC 2006) et du catalogue Christian Dotremont (IMEC, 2005).
Claire Paulhan : historienne de la littérature, est chargée de mission à l'IMEC et éditrice. Elle a réalisé plusieurs catalogues d'exposition (De Pontigny à Cerisy, 2002 ; Archives des années noires, 2004, etc.). Elle contribue également à la découverte de textes autobiographiques du XXe siècle, notamment à travers la maison d'édition qui porte son nom. On lui doit ainsi l'édition critique de textes de Catherine Pozzi, Jean Paulhan, Jean Follain, Valery Larbaud, Mireille Havet, ainsi que de Jean Grenier, dont elle a publié, avec Gisèle Sapiro, Sous l'Occupation.
Robert O. Paxton : historien de la France et de l'Europe au XXe siècle, est professeur émérite à Columbia University (New York). Ses travaux ont fortement contribué à renouveler l'historiographie de l'entre-deux-guerres et de la Seconde Guerre mondiale. Citons notamment : La France de Vichy, 1940-1944 (Seuil, 1973, 1997), L'Armée de Vichy : le corps des officiers français, 1940-1944 (Tallandier, 2004) et Le Fascisme en action (Seuil, 2004).
Sommaire :
- De l'avant-guerre à la débâcle.
- Vivre et survivre sous l'occupation.
- Les métiers du livre et de la presse sous la férule nazie.
- Séductions de la collaboration intellectuelle.
- Faits prisonniers.
- Persécutés et déportés.
- Oser résister : le combat de l'esprit.
- Solidarités internationales.
- La libération et ses lendemains.
(1) Symboles de la collaboration littéraire, ces "voyageurs de Weimar" : Brasillach, Drieu la Rochelle, Ramon Fernandez (Mont. JEA / DR).Critiques :
Jérôme Garcin.
- "On y trouve des tracts antisémites et anticommunistes, des fac-similés de lettres et de journaux, la reproduction de la liste Otto des ouvrages interdits ou les couvertures des Editions de Minuit clandestines. Citons, parmi tant de raretés :
- une photo de l'élève officier Louis Althusser avant d'être fait prisonnier ;
- un reportage sur l'inauguration de l'exposition Breker à l'Orangerie, où Cocteau voisine avec Brasillach ;
- une lettre de Bergson à Brunschvicg : «Du moins saurons-nous maintenant où était le mal» ;
- le manuscrit du poème «Liberté» d'Eluard ;
- et cette conférence inédite prononcée par Sartre, en 1946, à Montréal, où le philosophe a cette phrase sidérante : «La Résistance littéraire n'a pas laissé d'oeuvres, elle a laissé un esprit...»
Un peu plus loin, comme pour lui répondre, Michel Prévost raconte la mort, les armes à la main, de son père, Jean Prévost, assassiné par les nazis au pied du Vercors. C'était un écrivain.
(Le Nouvel Observateur, 4 juin 2009).
(2) "Brochette d'artistes qui font la risette au milieu des nazis : Paul Belmondo, Paul Landowski, André Derain" (Mont. JEA / DR).François-Guillaume Lorrain :
- "On connaissait le voyage à Weimar des écrivains Drieu la Rochelle, Ramon Fernandez, Brasillach (1) ou Chardonne, invités en octobre 1941 à s'enivrer des charmes de l'idéologie nazie. Grâce aux fabuleuses « Archives de la vie littéraire sous l'Occupation » (650 documents commentés), on découvre le même pèlerinage, moins connu, de nos artistes qui, le mois suivant, font risette gare de l'Est au milieu des nazis. Jolie brochette : Paul Belmondo, Paul Landowski, André Derain (2)...
Que de perles dans ce travail de l'Imec qui balaie toutes les attitudes, exhume revues, carnets secrets, missives intimes, témoignages à chaud, comme ce premier récit d'Oradour-sur-Glane transmis par Georges Duhamel... On revit, rue des Arènes, l'arrestation de Jean Paulhan, l'ex-directeur de La NRF résistant, qui devra son salut à l'intervention de... Drieu la Rochelle, pourtant passé à l'Allemand : solidarité entre directeurs de La NRF !
C'est aussi Louis Althusser qui jette un dernier billet de son wagon plombé : « Prévenez l'Ecole ! » ; cette Rue d'Ulm dont le directeur, Jérôme Carcopino, vient de signifier son congé à son professeur juif, Jean Wahl : « Je vous prie de vous considérer comme déchargé de la tâche que vous aviez si aimablement acceptée. » Qu'en termes choisis ces choses-là sont dites ! Quand Bernard Grasset, premier éditeur d'Irène Némirovsky, a de lui-même retiré ses livres de la vente, Robert Esmenard, à la tête d'Albin Michel, écrit à cette femme interdite de publication pour l'assurer de son aide financière. Tout est dit !"
(Le Point, 4 juin 2009).
(3) "Créateurs exécutés" : Benjamin Fondane, Irène Némirovsky, Max Jacob, Benjamin Crémieux (Montage JEA / DR).Antoine Perraud :
- "Deux lettres résument la période. En novembre 1940, Gaston Gallimard écrit sèchement à Jacques Schiffrin, créateur de la «Bibliothèque de la Pléiade», pour le congédier, en vertu de la législation antisémite tout juste en vigueur. En septembre 1944, Raymond Gallimard, le frère de Gaston, écrit la bouche en cœur au même Jacques Schiffrin, qui avait pu trouver refuge à New York, l’invitant à reprendre sa tâche, lui signalant, comme si de rien n’était, qu’un Rimbaud va paraître en Pléiade… Jacques Schiffrin ne devait pas revenir. Il s’en explique dans une lettre poignante à Jean Paulhan.
On découvre les tragiques tribulations de Jean Wahl, professeur révoqué de l’Alma Mater. On tombe, dans l’Oflag IV-D, sur le PDG (prisonnier de guerre) 2323, Jean Guitton, qui tient son Journal de captivité. Et pendant ce temps, sur un papier à en-tête du dispensaire municipal de Bezons (Seine-et-Oise), le docteur L.F. Destouches (Céline), adresse un courrier à l’une des âmes damnées de l’ambassade du Reich à Paris, Karl Epting, lui demandant d’intercéder afin que l’éditeur Denoël ne manque plus de papier «pour imprimer mes livres»…
Les pages les plus passionnantes reflètent les activités de la revue Confluences, autour de René Tavernier à Lyon, ou de la revue Fontaine, à Alger, animée par Max-Pol Fouchet, qui reproduisait fièrement la lettre menaçante que lui avait adressée le secrétaire d’État à l’information, Paul Marion, exaspéré par l’hostilité du périodique manifestée entre les lignes: «Ces allusions, pour habiles qu’elles soient, si elles échappent aux censeurs locaux, n’en sont pas moins notées à Vichy.»
De tous les documents, les plus émouvants concernent les créateurs exterminés (3) : Irène Némirovsky, Max Jacob, Benjamin Crémieux, ou encore le poète Benjamin Fondane, arrivé de Roumanie à Paris en 1923, qui apparaît en ces pages par la grâce d’une photographie d’identité qu’avait conservée de lui Jean Paulhan."
(La-Croix.com, 2 août 2009).
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vendredi 17 juillet 2009
P. 158. De la Rafle du Vel d'Hiv aux Justes
A g., symbole d'une police parisienne aux ordres. A dr., la seule photographie connue et authentique prise lors de la rafle du Vel. d'Hiv. (Montage JEA / DR).16 juillet 1942
16 juillet 2009...
Serge Klarsfeld a rappelé ce qu’il avait écrit, il y a quelques années dans le Monde :
- « le 16 juillet 1942 est la page la plus noire de l’histoire de France »,
lors de la commémoration organisée comme chaque année par les Fils et filles des déportés juifs de France.
Ce 16 juillet 2009, la cérémonie s'est tenue à l’emplacement même du Vel d’Hiv. Là où furent littéralement parqués, dans des conditions inhumaines, 13152 juifs, les 16 et 17 juillet 1942. Avant leur déportation à Auschwitz d'où aucun enfant n’est revenu.
La presse relatant peu ou pas ce qui se déroule en "province", cette page réserve un écho à une autre cérémonie, celle de Charleville-Mézières (Ardennes).
A la tête de la Communauté, Jacques Namer (1), a dignement fait entendre la voix des survivants et de leurs descendants.
Jacques Namer :
- "Avant de lire le message du président du Consistoire Central de France, je voudrais rendre hommage et exprimer toute ma reconnaissance aux personnes représentant le ou les membres de leur famille reconnus comme Justes parmi les nations.
LES JUSTES DE FRANCE sont pour moi ceux et celles, qui au péril de leur vie et celle de leurs proches, parents ou amis, ont trouvé le courage de sauver des juifs.
Alors que la majorité de la population française était tétanisée par la peur et les difficultés quotidiennes eux, ce qui paraissaît impensable tant le danger était partout présent, ils ont osé agir, simplement sans bruit, naturellement par solidarité.
Sans eux, il est probable que ma famille et moi et par extension, mon fils et nos six petits-enfants ne serions pas de ce monde. Aussi je ne cesserai d’avoir envers ses héros de l’ombre une reconnaissance infinie.
Et c’est au nom des survivants et enfants de survivants que je voudrais m’exprimer : Merci à vous JUSTES DE FRANCE pour ce magnifique cadeau que vous nous avez donné : le droit à LA VIE.
Message du Président du Consistoire Central de France, Joël Mergui.
Le Mémorial de la Shoah se trouve rue Geoffroy Lasnier dans le quatrième arrondissement à Paris, dans ce quartier même où vivaient des centaines de familles juives venues des pays de l'Est de Pologne, de Russie, d'Allemagne, d'Autriche pour trouver en France, pays des Droits de l'homme tout ce qu'un homme est en droit de désirer pour sa dignité. Un travail, un logement, un droit à l'éducation pour ses enfants et le respect dû à tout citoyen.
La Rafle du Vel d'hiv le 16 juillet 1942, deux jours après la Fête Nationale qui n'existait plus, anéantit tout sur son passage. 12 884 juifs étrangers et dits apatrides sont arrêtés dont 4000 enfants. L'objectif était de 27 391 juifs recensés à Paris et en banlieue afin de « débarrasser la France de ses juifs apatrides », mais les rumeurs, les informations ont permis à beaucoup de ne pas être présents lorsque les coups ont été frappés à leur porte. Afin de ne pas décevoir les autorités allemandes, les représentants de la force publique française arrêteront « aussi » les enfants.
Une note sur papier à en tête normal datée du 13 juillet 1942, établie par le Directeur de la police M. Hennequin donne ses instructions aux « agents capteurs ».
Une note sur papier à en tête normal signée par René Bousquet, Secrétaire Général à la police pour le gouvernement de Vichy datée du 15 juillet 1942 confirme que la police française est chargée des arrestations.
Une note circulaire sur papier à en tête normal signifie à 1568 gardiens en civil leurs tâches d'arrestation avec une précision pour le classement des fiches concernant les absents.
De même une fiche à en tête normal demandait la mise à disposition de 44 bus à partir de 5 heures du matin et jusqu'à la fin du service.
Papier à en tête, cachet des services, règlement tout est « normal ». Tout sauf la France, celle des Droits de l'Homme qui a disparu le 10 juillet 1940 par suite des pleins pouvoirs donnés au Maréchal Pétain. Car il était tout sauf normal d'arrêter des juifs hommes, femmes, vieillards, enfants parce qu'ils étaient juifs.
Chaque samedi dans toutes les synagogues de France nous faisons une Prière pour la République Française pour qu'y règne, la paix, l'ordre et la justice. Pour que ce qui s'est passé le 10 juillet 1940 ne se reproduise jamais. Accepter de perdre ses valeurs c'est rendre le pire possible. Accepter un seul jour l'inacceptable c'est déjà être prêt à l'accepter tous les jours.
Voilà pourquoi, inlassablement le Consistoire de France et toutes les Communautés de France, nous nous élevons avec vigueur contre toute dérive négationniste et son nouveau corollaire l'antisionisme. Etre négationniste, c'est nier au peuple juif le droit d'être reconnu comme victime d'un massacre aux dimensions jusque là inconnues. Etre antisioniste, c'est nier au peuple juif le droit à l'existence d'un Etat juif sur sa terre. L'irréparable a déjà a été commis. En parler sans respect c'est recommencer c'est insulter la Mémoire de nos six millions de frères et sœurs déportés et exterminés c'est impossible, inacceptable, insupportable.
Voilà pourquoi ces commémorations que certains pouvaient penser il y a quelques années inutiles sont plus que jamais indispensables. 4000 enfants ont été arrêtés le 16 juillet 1942. Une ou deux poupées sont conservées au Mémorial de la Shoah. Il n'existe qu'une seule photographie du Vel d'Hiv et les rares survivants chaque jour disparaissent. Notre travail de Mémoire est notre travail d'hommes et de femmes responsables qui rêvons pour nos enfants une vie d'hommes libres et dignes. Préserver la mémoire des victimes de la barbarie, c'est contribuer à leur rendre leur dignité d'hommes, à eux qui ont été privés de tout droit, même du droit à une sépulture.
Cette cérémonie aura peut-être fait prendre conscience à une personne de la fragilité de la démocratie et du nécessaire engagement citoyen pour préserver ses valeurs. Pour cette personne, où qu'elle soit, il était utile et indispensable que cette cérémonie ait lieu.
2 jours après le 14 juillet, par cette cérémonie, nous formons le vœu que la France soit et continue à être pour tous les pays du monde une terre de liberté et des droits de l'homme, de tous les hommes et de toutes les femmes.
Par cette cérémonie, nous souhaitons également rendre un vibrant hommage aux Justes de France, véritables héros de la Nation. Ils ont, par leur courage et par leur humanité, sauvés des Juifs d’une mort certaine au péril de leur propre vie. Eux seuls ont permis à la France de ne pas sombrer totalement. Nous ne saurons jamais assez les en remercier."
Lettre manuscrite (2) de la petite Marie Jelen. Elle écrit à son père, Icek Jelen, mis au travail forcé dans une colonie de la WOL à Frénois dans les Ardennes (Cadrage JEA/ DR).- "Cher papa
On nous emmène au Velodrome
d'hiver mais faut pas nous
écrire maintenant parce que
c'edst pas sûr qu'on restera là.
Je t'embrasse bien
fort et maman
aussi
ta petite fille qui pense
toujours à toi
Marie"
Marie Jelen et sa mère, Estéra, seront transférées à Pithiviers d'où partira le convoi 35 du 21 septembre 1942 pour Auschwitz.
NOTES :
(1) Nos remerciements à Jacques Namer qui sut passer outre les blocages de la Préfecture sur la mémoire du Judenlager des Mazures (Ardennes) et sur les trois Justes reconnus dans l'histoire de cet unique camp pour juifs de Champagne-Ardenne.
(2) Lire le courrier d'une gamine prise dans les engrenages de la Shoah sur le site :
"Mémoire juive et éducation" de D. Natanson.
lundi 15 juin 2009
P. 149. 12 Justes ont sauvé la famille Sajovic à Coulounieix
En bas à g. : Paulette Claude recevant son Diplôme de Juste parmi les Nations. En haut à dr. : Jean-Pierre Roussarie, maire de Coulounieix. (Montage JEA / DR).A Coulounieix ce 14 juin 2009,
Cérémonie exceptionnelle par le nombre de Justes reconnus ensemble pour un même acte d'héroïsme en faveur de juifs persécutés.
Reportage par Alain Bernard :
- «Je suis fier et ému», a déclaré hier à la mairie de Coulounieix-Chamiers Kenny Jean-Marie, directeur de cabinet de la préfète, résumant un sentiment général : "c'est dans la France profonde qu'a été sauvé l'honneur de celle de Vichy. Celle qui, hélas, alla au-devant des exigences allemandes pour livrer à la mort 76 000 juifs français, dont 11 000 enfants (sur 6 millions de juifs massacrés, dont 1,5 million de petits)."
- «Je suis fier et ému», a déclaré hier à la mairie de Coulounieix-Chamiers Kenny Jean-Marie, directeur de cabinet de la préfète, résumant un sentiment général : "c'est dans la France profonde qu'a été sauvé l'honneur de celle de Vichy. Celle qui, hélas, alla au-devant des exigences allemandes pour livrer à la mort 76 000 juifs français, dont 11 000 enfants (sur 6 millions de juifs massacrés, dont 1,5 million de petits)."
À Coulounieix-Chamiers, non moins de 12 Justes ont été à l'honneur :
- Hélène Ségurel-Bissou,
- Louise et Jean-Bernard Bissou,
- Léontine et Louis Chamon,
- Joséphine, Joseph et Marcel Dalesme,
- Louis et François Doche,
- Jean Ripoche,
- Paulette Claude.
- "Cette dernière, octogénaire vive et enjouée, était la seule médaillée et diplômée vivante (les autres l'étant à titre posthume) de cette cérémonie voulue par l'Institut Yad Vashem qui, à Jérusalem, grave dans le marbre le nom de ceux qui, « en sauvant une vie, ont sauvé l'humanité ». Comité représenté hier par Albert Seifer et Nathan Holchaker.
En l'occurrence, il s'est agi, comme le rappela le maire Jean-Pierre Roussarie en présence du consul d'Israël à Marseille Sivan Chemouel, du grand rabbin de Bordeaux Claude Maman et des parlementaires Pascal Deguilhem et Claude Bérit-Debat, de cacher au nez et à la barbe des occupants la famille Sajovic traquée.
Ces réfugiés juifs d'Alsace d'origine tchèque, repliés en Périgord, furent soustraits aux rafles par leurs voisins périgourdins, cachés dans des granges, des bois voire des latrines, et aidés clandestinement à la mairie.
- "Cette dernière, octogénaire vive et enjouée, était la seule médaillée et diplômée vivante (les autres l'étant à titre posthume) de cette cérémonie voulue par l'Institut Yad Vashem qui, à Jérusalem, grave dans le marbre le nom de ceux qui, « en sauvant une vie, ont sauvé l'humanité ». Comité représenté hier par Albert Seifer et Nathan Holchaker.
En l'occurrence, il s'est agi, comme le rappela le maire Jean-Pierre Roussarie en présence du consul d'Israël à Marseille Sivan Chemouel, du grand rabbin de Bordeaux Claude Maman et des parlementaires Pascal Deguilhem et Claude Bérit-Debat, de cacher au nez et à la barbe des occupants la famille Sajovic traquée.
Ces réfugiés juifs d'Alsace d'origine tchèque, repliés en Périgord, furent soustraits aux rafles par leurs voisins périgourdins, cachés dans des granges, des bois voire des latrines, et aidés clandestinement à la mairie.
Parmi les témoignages, on entendit ceux, dignes et reconnaissants, de trois des filles Sajovic, Esther, Hélène et Blanche, et de deux des trois garçons, Élie et Marcel (les autres enfants, Fernand et Jeannette, habitent l'Australie !).
Les petits-enfants étaient là aussi. L'un d'eux, Bernard, souhaitant qu'un jour Périgueux signale plus explicitement l'ancienne synagogue de la rue Thiers.
Bien des larmes ont été écrasées, des yeux se sont humectés. Après les hymnes israélien et français, allusion fut faite à l'orchestre israélo-arabe de Daniel Barenboïm, symbole de tant d'espoirs."
(Sud Ouest, 15 juin 2009).
Dr Natan Holcaker, délégué du Comité Français pour Yad Vashem :
- "A Couloumieix-Chamiers nous étions dans la proche banlieue d'une grande ville préfecture de la Dordogne, Périgueux.
Cette manifestation avait un caractère officiel grâce à la présence d'un représentant du préfet, Mr Kenny Jean-Marie, Directeur de cabinet de Mme Béatrice Abolevier, Préfète de Dordogne. Mr Kenny prononça un discours plein de sensibilité qui fit résonnance en chacun.
Le nombre exceptionnel de remises de médailles de Justes signait l'implication de tout un village dans les sauvetages de familles juives.
Cette même densité donnait aussi un caractère de kermesse de village dans la joie de retrouvailles ou de reconnaissance des familles qui avaient maintenu et/ou tissé des liens depuis cette période tragique.
Parmi les personnalités il fallait noter aussi la présence de :
- Mr Claude Berit-Debat, Sénateur de Dordogne,
- Mr Bernard Cazeau, Président du Conseil Général de la Dordogne,
- Mr Jean-Pierre Roussarie, Maire de Coulounieix-Chamiers.
- Mr Claude Maman, Grand-Rabbin de Bordeaux.
Cette cérémonie très animée, en présence d'une unique survivante : Paulette Granger Claude, s'est achevée par les chants de l'Hatikva et de la Marseillaise a capella, entonnés par l'ensemble de l'assistance."
- Mr Bernard Cazeau, Président du Conseil Général de la Dordogne,
- Mr Jean-Pierre Roussarie, Maire de Coulounieix-Chamiers.
- Mr Claude Maman, Grand-Rabbin de Bordeaux.
Cette cérémonie très animée, en présence d'une unique survivante : Paulette Granger Claude, s'est achevée par les chants de l'Hatikva et de la Marseillaise a capella, entonnés par l'ensemble de l'assistance."
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mardi 28 avril 2009
P. 134. Une plaque commémorative pour les Justes de Neuilly
A Neuilly :
- Juifs foudroyés par la Shoah,
- Justes debouts face aux nazis et à Vichy,
tous sont unis dans une mémoire partagée entre désespoir et espoir.
Ce lundi 20 avril 2009, la Cérémonie de Yom Ha Shoah fut exceptionnelle à Neuilly-sur-Seine.
Aboutissement d'un travail de mémoire entamé en 2005, une deuxième plaque commémorative a été inaugurée sur la façade de la Synagogue. La Commission Administrative de celle-ci veut ainsi - concrètement et symboliquement - que se trouvent rassemblés dans un souvenir commun les si nombreux juifs de Neuilly emportés à jamais vers les camps et les 8 Justes qui sauvèrent des persécutés au péril de leur propre vie.
Gérard M. Mazière, Administrateur de la Synagogue :
- "Grâce aux recherches et à l'aide active de Yad Vashem France, il a été possible de retrouver les noms des Familles "Justes parmi les Nations" ayant habité Neuilly-sur-Seine entre 1941 et 1945 et ayant réussi à sauver d'un destin certain, plusieurs familles juives.
C'est à l'occasion de la Cérémonie de Yom Ha Shoah le lundi 20 Avril2009/27 Nissan 5769, que la Commission Administrative a décidé d'apposer une plaque commémorative sur la façade de la Synagogue de Neuilly-sur-Seine. Sous les listes des Déportés sans retour, cette plaque des Justes fait désormais partie du Devoir de Mémoire de nos disparus pendant cette période funeste. Nous ne les oublierons pas non plus :
ces Justes appartiennent aux Familles Bondoux, Chaye, Roubinet et Dienne."
Les 8 Justes de Neuilly :
Edouard-Félix BONDOUX, Francine BONDOUX, Geneviève BLANCHOT-BONDOUX
Simone CHAYE, Adrien CHAYE,
Jéhan DIENNE, Marie-Jeanne DIENNE-ROUBINET, Elizabeth ROUBINET.
Sources :
- Gérard M. Mazière,
- Corinne Melloul, Comité Français pour Yad Vashem.
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