jeudi 16 juillet 2009

P. 157. Le Pasteur Funé, son épouse et leur fille, Justes parmi les Nations

Ph. : Le Collet de Dèze (DR).

Trois enfants de la famille Draï :
Paul, Nelly et Pierre
furent cachés au Collet de Dèze

Le 12 juillet 2009, trois nouveaux Justes parmi les Nations ont enrichi la liste toujours plus longue de celles et de ceux qui, en France, prirent le risque de perdre leur vie pour sauver celles de gosses poursuivis dans le cadre de la Shoah.

Constitué par Yad Vashem, le dossier prouvant l'authenticité de cette histoire, peut se résumer comme suit :

- "A la base de cette reconnaissance, se détache la figure du témoin principal : Pierre Draï.
Il est né à Paris en 1940, cadet d’une fratrie de cinq frères et d’une sœur. Son père, Isaac, exerçait la profession de boucher tandis que sa mère, Zahri, était couturière. Venant d'Oran en Algérie, tous deux avaient rejoint la métropole à la recherche de travail stable. Ils s'étaient fixés dans le 18e arrondissement au 150 du boulevard Ney.

Un jour de septembre 1943, Zahri apprend qu’elle a été dénoncée comme juive. Isaac, qui travaillait dans une boucherie cachère et qui était donc très exposé, part aussitôt se réfugier chez des amis en province. Il sera néanmoins déporté sans retour le 3 février 1944.

Zahri, elle, pensait à tort, que son statut de mère de famille nombreuse la placerait à l'abri de la haine raciale. Mais bien vite, confirmation lui parvient de ce que la Gestapo et la Gendarmerie vont venir l'appréhender de même que les enfants. Les trois frères aînés de Pierre sont alors en classe, dans une école située près de l’église protestante du Tabernacle, dans le 18e arrondissement.

La mère demande à M. Eugène Charlet, Pasteur de cette église, de garder les trois petits le temps pour elle d’aller retirer les trois grands de leur école. Mais les Allemands y sont déjà qui l’arrêtent avec les trois aînés. Après Drancy, le convoi n° 59 les emportera vers Auschwitz le 2 septembre 1943.

Ne la voyant pas revenir, le Pasteur comprend qu’il s’est passé un malheur. Il cache les trois petits dans l’église protestante. Puis il les confie André Funé, également Pasteur, et à sa femme, Alice. Le couple a une fille de 14 ans, Jeanne. Les enfants Draï sont emmenés dans une colonie de l’Aube, Le Nid Fleuri, où d’autres enfants juifs, mais aussi arméniens et catholiques sont protégés, autant que possible, de la guerre.

Malgré toutes les privations, les époux Funé ont finalement sauvé les petits persécutés. Jeanne s’occupe plus particulièrement de Paul et de Nelly. Elle leur apprend à lire et à écrire. Elle les console autant que faire se peut. Et lorsque Paul tombe gravement malade, le couple Fune se bat pour le garder en vie."
A titre posthume, le Pasteur Funé et son épouse Alice sont dorénavant Justes parmi les Nations. Encore vivante, leur fille, Jeanne a reçu également le Diplôme et la Médaille qu'elle mérita pleinement.

Le Comité Français pour Yad Vashem avait délégué Edith Moskovic et Robert Mizrahi pour cette cérémonie au Collet de Dèze.

Le Pasteur Funé et son épouse Alice (Arch. fam./BCFYV/DR).


lundi 13 juillet 2009

P. 156. Les soeurs Josse, deux Justes parmi les Nations à St-Brieuc

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Cérémonie du 5 juillet 2009 à St-Brieuc.
De g. à dr. : Gérard et Elisabeth Goldenberg, délégués du Comité Français pour Yad Vashem; les trois cousins de Marie et d'Elisa Josse : Yves Josse, Guy Josse et Hélène Le Balch (d'après une photo d'Ouest-France / DR).

Une des soeurs jumelles commence par insulter Darlan
et toutes deux continuent en sauvant un enfant juif persécuté...

Jacques Shuldkraut avait 13 ans. Orphelin de père, il connaît les rigueurs du camp d'Aincourt avec sa mère, Madeleine. Tous deux sont ensuite séparés. L'adolescent se retrouve dans un centre d'hébergement de l'UGIF à Paris tandis que sa mère est transférée à Drancy. Non sans avoir insisté auprès de son fils pour qu'il n'hésite pas à envoyer un appel au secours à une certaine Marie Josse, habitant à St-Brieuc.

Jacques prend donc sa plume : " Mademoiselle Josse, ma maman est partie à Drancy pour une destination inconnue. Elle m'a dit de vous écrire..."

La suite dans Ouest France :

- "Marie a la langue bien pendue, un sentiment anti-allemand bien ancré et un sens décomplexé du patriotisme. Lors de la visite du chef du gouvernement du régime de Vichy, l'amiral Darlan, à Saint-Charles où il avait été élève, Marie l'insulte.

Aussitôt arrêtée, elle est internée deux mois au camp de prisonniers de Châteaubriant. Là, elle se lie d'amitié avec Madeleine, juive et maman d'un adolescent prénommé Jacques. Madeleine sera transférée à Drancy, puis à Auschwitz...

Avant qu'elle ne soit déportée, Marie lui promet de s'occuper de son fils. Elle et sa soeur récupèrent Jacques dans un centre pour enfants juifs. Elles arrivent à convaincre le directeur de laisser partir leur neveu (sic !) avec elles et donnent une fausse adresse. Arrivées en Bretagne en octobre, les soeurs Josse décousent son étoile jaune et lui procurent de faux papiers."

Les soeurs Josse, Justes parmi les Nations (BCFYV/DR).

Puis dans le Télégramme de Brest :

- "Jacques partage leur quotidien dans leur café-restaurant. Pour tous, c'est le neveu. Grâce à la Résistance, Jacques Shuldkraut a désormais des papiers au nom de Sylvestre Jacques, né à Oran, en Algérie. Et il est scolarisé chez les frères, à l'école du Sacré-Coeur, où il apprend le catéchisme au cas où on lui poserait quelques questions.

"J'étais heureux d'avoir un toit, un foyer. Je pensais que ma mère était partie travailler pour le IIIe Reich, et qu'on se retrouverait à la fin de la guerre".

Il ne reverra jamais Madeleine, déportée de Drancy à Auschwitz...

Marie Josse, elle, a toujours la langue bien pendue. Elle ne cache guère ses opinions. "Elle marmonnait en vitesse "M..., encore les Boches?", quand des soldats entraient dans son café."
D'ailleurs, les deux soeurs jumelles sont informées que les Allemands et la milice vont arrêter les anciens internés et ceux qui ne cachent pas leur sympathie pour De Gaulle. Elles se réfugient en vitesse, avec Jacques, chez des cousins cultivateurs, et ne reviendront à Saint-Brieuc qu'à la Libération.

Jacques quittera la ville en 1949 pour faire son service militaire, avant d'émigrer au Canada, en 1951."

Décédées en 1973 et en 1974, Elisa et Marie Josse ont été honorées ce 5 juillet 2009. Jacques Shuldkraut était revenu du Canada pour cette cérémonie de remise de Diplôme ainsi que de Médaille de Justes parmi les Nations.

Bruno Joncour, Maire de Saint-Brieuc :

- "Cette cérémonie s'inscrit dans la préservation du patrimoine héroïque lié à notre ville. C'est dire si sa signification est un hommage solidaire à l'égard d'Elisa et Marie et en même temps un signe d'espoir...".

Le Maire projette de dénommer un site de Saint-Brieuc : "Allée des Justes". Le conseil municipal le décidera en fin d'année.

Elisabeth et Gérard Goldenberg, délégués du Comité Français pour Yad Vashem :

- "Il faut rappeler la grandeur d'âme et le courage des Justes qui, en sauvant des Juifs de la barbarie nazie, ont sauvé l'honneur de l'humanité tout entière. Trois mille médailles des Justes ont été décernées à ce jour en France, dont 156 l'année dernière."

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mardi 30 juin 2009

P. 155. La famille des Justes porte le deuil de Marguerite Farges

Titre de Sud Ouest (DR).

Le procès Papon connut de multiples moments forts. Mais le 6 février 1998, devant un accusé égal à sa suffisance et à son absence totale de remords, le témoignage d'Yvette Moch apprit à beaucoup l'incroyable sauvetage d'un garçon de 6 ans. Ce dernier avait été dénoncé et enfermé sous bonne garde avec un peu plus de 200 autres juifs dans la synagogue de Bordeaux. Avant un transfert sur Drancy.

Yvette Moch :
- "Il y avait un nouveau-né (1), ç'a été un des plus beaux souvenirs de cette époque, qu'une infirmière cachait sous sa cape. Elle a sauvé un enfant, car les enfants partaient et je me souviens d'un petit garçon qui disait "Mais qui s'occupera de moi puisque je n'ai plus personne ?" Je me souviens de ça. On essayait de les rassurer : "On va s'occuper de toi, là-bas." Et puis ils partaient les pauvres enfants, c'était tragique. Et il y a eu cet enfant qui a été sauvé. Je m'en souviens comme d'un miracle au milieu de toutes ces horreurs (...).
Me Gérard Boulanger :
- "Vous avez assisté au sauvetage de cet enfant..."
Yvette Moch :
- "Oui, caché sous la cape de l'infirmière."
Me Boulanger :
- "Il s'agit du cas du petit Boris qui est devenu très célèbre depuis." (2)

Cette infirmière, Mlle Descoubès confia le garçonnet à Marguerite Farges. C'était le début du sauvetage mouvementé de Boris Cyrulnik (sous la fausse identité de Jean Bordes).

Marguerite Farges vient de s'éteindre à 91 ans (Arch. Sud Ouest : DR).

Témoignage de Marguerite Farges, Juste parmi les Nations :

- " Bien sûr, j’avais conscience du danger. Mais j’ai puisé de la force en suivant l’exemple de mon père, un homme courageux. Il a aidé des gens qui fuyaient le nazisme à s’embarquer pour les Etats-Unis. Lorsque les Allemands ont essayé de le faire parler, il leur a répondu : “Quand je me rase le matin, je ne veux pas voir un lâche dans la glace.”

En juillet 1942, les parents de Boris, un de mes élèves (3), sont venus me demander si je connaissais quelqu’un à la campagne qui pourrait s’occuper de lui. Je les ai envoyés chez une nourrice en qui j’avais toute confiance.
La nuit suivante, ils étaient arrêtés. La mère a tout de suite été déportée à Auschwitz. Mais j’ai pu voir le père, qui avait été transféré à l’hôpital. Il m’a demandé de m’occuper de leur enfant. Ce que j’ai fait. J’ai alors été interrogée à la préfecture, aux Questions juives. Ils insistaient pour que je ramène le petit, me disant qu’ils s’occuperaient de lui faire rejoindre ses parents…
Leurs promesses me paraissaient trop vagues, j’ai gardé Boris. Il était très conscient, et d’une précocité extraordinaire. Je ne lui ai jamais mis l’étoile jaune et je le baladais avec moi sans complexe. Petit à petit, je me suis attachée à lui.

Le 10 janvier 1944, sur dénonciation d’un voisin, Boris a été arrêté et parqué dans une synagogue. Une infirmière l’a remarqué parce qu’il était seul dans son coin. Il ne comprenait pas pourquoi on l’avait arrêté : “Depuis que je suis chez Margot, je ne suis plus juif”, disait-il. L’infirmière m’a contactée et m’a dit qu’elle ferait tout pour le sauver. Elle a réussi à le sortir d’un autobus qui devait l’emmener à Drancy et l’a caché. Je l’ai récupéré puis confié aux uns et aux autres, jusqu’à ce qu’il retrouve une vie ordinaire, dans une ferme."
(Psychologies-com, janvier 2002).

Bernadette Dubourg :

- "Boris Cyrulnik, devenu psychiatre et éthologue, installé dans le Var, a longtemps tu son enfance bordelaise, l'arrestation et la déportation de ses parents en 1942, sa propre arrestation en janvier 1944, ou encore les familles quil l'ont caché dont celle de Marguerite Farges, qu'il a toujours appelé Margot. "Cela reste du domaine privé", répondait-il simplement.
Pourtant, en 1997, il a entamé les démarches pour que Marguerite Farges soit honorée par l'Institut Yad Vashem de Jérusalem (...).
Lors de la remise de la médaille des Justes, il avait emprunté ces mots à Elie Wiesel : "Il est interdit de me taire, il est impossible de parler." (4)
(Sud Ouest).

A la famille de cette Juste parmi les Nations, y compris Boris Cyrulnik (5), le Comité Français pour Yad Vashem présente ses condoléances les plus sincères. Puisse, sur la colline du Souvenir à Jérusalem, continuer à s'épanouir l'arbre de Marguerite Farges.

NOTES :

(1) Ce témoignage montre la fragilité des souvenirs, surtout sur une période tellement anxyogène et de par surcroît devant une Cour. En effet, Boris Cyrulnik est né en 1937. Mais la description de son sauvetage n'en perd rien de sa valeur historique.

(2) Le procès de Maurice Papon, Compte rendu sténographique, Tome II, Albin Michel, 1998, 973 p. (PP 353-355).

(3) Marguerite Farges était institutrice à l'école bordelaise de la rue du Pas-Saint-Georges.

(4) Nos remerciements à Albert Seifer, délégué du Comité pour l'Aquitaine, et à Corinne Melloul, chargée de mission et de la communication.

(5) Lire :

Boris Cyrulnik, Je me souviens, Ed. L'esprit du temps, mars 2009.



lundi 29 juin 2009

P. 154. Nouveaux Justes à St-Ouen en Belin et à Mirabel et Blacons

Simone et Léon Lefèbvre en 1942 (Photo Le Maine Libre, 23 juin 2009 / DR).


Ce dimanche 28 juin vient d'aboutir le dossier 11371 constitué par Yad Vashem en vue de la reconnaissance
comme Justes parmi les Nations
de Léon et de Simone Lefèbvre,
un couple de fermiers de Saint Ouen en Belin :

- "Israël Wolf et Léa Lindwasser sont venus de Pologne en 1930. Avant son immigration en France, le couple a déjà un enfant, Maurice, né en 1929.
A Malakoff, le couple ouvre un commerce de confection pour dames.
5 autres frères et soeur vont ensuite naître :

- Joseph, en 1933,
- Esther en 1935,
- Benjamin en 1936,
-Georges en 38 et
- Robert en 1940.

Israël, le père, est déporté de Pithiviers le 17 juillet 42, par le convoi n° 6.
Léa doit faire face à cette perte sans commune mesure. Elle sera employée de maison puis mécanicienne en fourrure.

Quant aux enfants, ils sont confiés au Père Devaux, qui les reçoit à Notre-Dame de Sion. Puis ils sont dispersés et cachés dans la Sarthe sous le nom de « Levasseur » :
- Joseph, Robert et Maurice sont cachés à Fay Saint Ouen en Belin, chez M. et Mme Lefèbvre, des fermiers ;
- Esther et Georges ne sont pas abrités bien loin puisqu’ils se retrouvent dans une ferme à près d’un km seulement des trois autres frères.
Tous les cinq sont réunis parfois le dimanche pour des retrouvailles qui leur font chaud au cœur.
Ils connaîtront une vraie vie de famille jusqu’à la libération. La fausse identité d’enfants « Levasseur » servit aussi à éviter qu’ils ne soient privés de scolarité…

Les deux familles Lindwasser et Lefèbvre sont restées en contact après la guerre."


De g. à dr. : Lewi Peleg, Représentant l'Ambassade d'Israël; Olicier Pannier, Maire de St-Ouen; Joseph Lindwasser, l'un des enfants cachés; André et Michel Lefèbvre, fils des Justes parmi les Nations.

Au cours de la cérémonie de remise de Diplômes et de Médailles de Justes parmi les Nations, la déléguée du Comité Français pour Yad Vashem, Nicole Caminade, a dans un discours sobre et précis, complété la synthèse du dossier retranscrit ci-avant.

Nicole Caminade :

- "Nous sommes réunis ici ce matin pour honorer le courage de ce couple de fermiers, Léon et Mireille Lefèbvre, qui résidaient dans cette commune durant l’Occupation nazie et qui n’hésitèrent pas à accueillir chez eux, cacher et sauver trois petits garçons juifs, Maurice, Robert & Joseph Lindwasser (...).

Fuyant une crise économique sévère et un antisémitisme virulent, Israël et Léa, sa jeune épouse, étaient arrivés à Paris en 1930. A Malakoff, dans la proche banlieue parisienne, Israël s’occupait d’un commerce de confection pour dames, alors que Léa s’occupait d’élever leurs six enfants : cinq garçons et une fille.

Après la déportation de son mari, la maman a pu se cacher chez une voisine et a cherché par tous les moyens à mettre ses enfants à l’abri ; c’est ainsi qu’elle conduit Joseph chez sa patronne, Avenue Bosquet, où elle est employée de maison et qu’elle est mise en contact avec le réseau de sauvetage mis en place par le Père Devaux, de Notre-Dame de Sion, qui conduit et répartit les enfants dans la Sarthe.

Si un certain nombre d’enfants furent ainsi sauvés, certains – comme 23 petits à Tuffé – furent raflés…."




Mirabel et Blacons (DR).

Le 26 juin, la mémoire d'Elie et de Marie-Louise Richaud est venue officiellement enrichir la belle et longue liste de tous les Justes parmi les Nations ayant sauvé des juifs persécutés par la Shoah en France.


M. Mizrahi avait été délégué par le Comité Français pour Yad Vashem pour cette cérémonie qui se déroula à Mirabel et Blacons.

vendredi 26 juin 2009

P. 153. Cérémonie pour 7 nouveaux Justes à Paris

(DR).

Ce 25 juin, la Mairie du 12e arrondissement de Paris a servi de cadre prestigieux à la reconnaissance comme Justes parmi les Nations de :
- Gaston Girousse,
- Auguste et Marie Jeager,
- Jean-Marie Lapeyre et ses filles, Nathalie et Marie,
- Trieulet Antoinette.

Leurs dossiers à l'Institut Yad Vashem de Jérusalem précise les motifs profonds pour lesquels tous se sont vus attribuer Médailles et Diplômes de Justes.

Gaston Girousse, dossier 11400 :

- "La famille NETTER compte dans ses membres le célèbre professeur Arnold NETTER (1855-1936). Les NETTER sont d’origine juive alsacienne. Ils sont venus à Paris en 1870 pour ne pas devenir Allemands.

Le témoignage en faveur du Juste, M. Gaston GIROUSSE, a été mis en forme en 1979, par Léon NETTER (1897-1989). Il est authentifié par son fils, Alain-Pierre NETTER.

Maître Léon NETTER est avocat à la cour de Paris. Grâce à ses qualités professionnelles, il fait partie des 14 avocats autorisés à rester inscrits au Barreau après l'occupation (mais il en sera exclu le 12 février 42). Il est notamment l’avocat de diverses compagnies d’électricité présidées par M. GIROUSSE.

Le 21 août 41, Me NETTER est interné à Drancy. M. GIROUSSE met à disposition de Mme NETTER une somme qui pourrait assurer la sortie du camp de son époux. Le 25 octobre 41, un médecin chef français établit une liste de sortie pour raison médicale. Très affaibli, Léon NETTER sort ainsi de Drancy.

M. GIROUSSE lui établit une carte d’agent de l’électricité, lui conférant la qualité d’ingénieur électricien. Le 5 janvier 42, une voiture de l’Union Electrique lui fait franchir un poste allemand afin de réparer une panne de secteur (!) située sur la ligne de démarcation. Tout est organisé pour qu’il puisse franchir cette ligne. Une autre voiture de la société d’Electricité le prend ensuite en charge pour le conduire en zone libre (à Loches, en Indre-et-Loire).

Avec sa femme et sa belle-sœur, Me NETTER franchira la frontière suisse au village de Douvaine.

M. GIROUSSE, en signant de fausses cartes d’agents de l’Electricité et de faux ordres de mission a permis à des Juifs mais aussi à des communistes et à des résistants de passer en zone libre (environ 3 à 400 personnes).
Au nombre des résistants, MM. BAUMGARTNER et LENIEZ feront l’éloge de M. GIROUSSE dans une lettre datée de 1948.

De plus, M. GIROUSSE a également procuré de la nourriture à Louis CAHEN, un camarade de Polytechnique caché dans un grenier. Il a aussi aidé la famille DURKHEIM.

En résumé, M. Gaston GIROUSSE incarne l’intelligence, le courage et la droiture dans une France officiellement pétainiste donc antisémite et liberticide."


Auguste et Marie Jaeger, dossier 11349 :

- "Le couple JAEGER dirigeait depuis 1935 l'orphelinat protestant du Bon Secours, situé à Paris 20è. Ils y recevaient non seulement des orphelins mais encore des enfants dont les parents ne pouvaient plus assurer leur éducation.

En 39, tous les enfants (sauf un qui n’avait aucune famille) furent envoyés à l'abri loin des risques de bombardement sur Paris.

En novembre 42, une jeune femme demande au couple de garder, pour quelques jours seulement, un petit garçon d’environ 8 ans. Puis, ensuite, elle revient avec d’autres enfants qu’elle reprend au bout de quelques jours.

En fait, il s’agit d’enfants juifs qu’elle attend à la sortie de leur école lorsqu’elle est informée que les parents ont été arrêtés. Elle les amène donc à l’orphelinat pour quelques jours, le temps de leur faire établir des faux papiers et de leur trouver un refuge. Cette femme – qui ne révéla jamais son nom – fut arrêtée ensuite et probablement déportée.

Marie JAEGER prenait soin des enfants et elle leur confectionnait souvent des vêtements.
Son fils, André, a pu procurer à certains des cartes d’identité. En outre, par son poste au Ministère de l’Agriculture, il réussit à obtenir de « vraies fausses cartes d’alimentation » pour les nourrir en complément de la nourriture rapportée de Touraine par sa femme, Hélène.

Entre novembre 42 et juin 45, Auguste et Marie JAEGER accueillirent ainsi une quarantaine de petits juifs (d’après le Pasteur Vergara). A la libération, une quinzaine d’enfants se trouvaient encore à l'abri des murs de l'orphelinat.

Depuis cette époque si sombre, un fils d’André et Hélène JAEGER, José-Marie, a réussi à retrouver l’un des enfants accueilli par sa famille. Il s’agit de Robert FRANCK.
Celui-ci se rappelle s’être rendu dans l’orphelinat et y être resté une quinzaine de jours. Il a appris par la suite que c’était par l’intermédiaire d’une organisation clandestine, « l’entraide temporaire ».

Il est le seul survivant de sa famille. Il a lancé un avis de rechercher pour tenter de retrouver la trace d’autres enfants ayant séjourné à l’orphelinat. Sans succès jusqu’à présent."


Jean-Marie Lapeyre et ses deux filles, Nathalie et Marie (dossier 11301) :

- "M. et Mme HAFON, originaires de Turquie, ont émigré en France respectivement en 1905 et en 1920. Ils ont habité 95 rue des Boulets (11è) et ont eu deux enfants :
- Sarah (née 32)
- et Roland (né en 38).
Le père était vendeur.


Fin 1943, les parents ont décidé de mettre leurs enfants à l’abri dans une famille du sud-ouest de la France, famille honorablement connue par l'un de leurs amis.
Accompagnés d’une parente non juive, les gosses sont arrivés chez M. LAPEYRE, veuf, et ses deux filles, Nathalie et Germaine, célibataires.
M. LAPEYRE et une de ses filles tenaient une épicerie de la localité. A noter que les hôtes habitaient près de la Kommandatur à St Sever...

Sarah et Roland HAFON ont été très bien traités. Ils allaient à l’école et à la messe, passant pour des enfants adoptés. Aucune pension n’a jamais été demandée et la famille LAPEYRE a inlassablement témoigné attention et affection aux deux enfants juifs qu’ils ont sauvés.

A la fin de la guerre, M. HAFON père est venu chercher ses enfants mais depuis, les deux familles sont restées en relation (comme en témoigne par exemple une lettre du 3/1/89).


Antoinette Trieulet, dossier 11312 :

- "Aron LUKSENBERG et son épouse Chalda vivaient à Lodz, en Pologne. Dans les années 20, le climat devenant trop malsain pour les Juifs, ils décident de se rendre en Palestine. Ils s’y installent et y font de l’élevage de bovins.
Mais leur exploitation périclite et ils émigrent de nouveau. Cette fois-ci direction la France.

Avec leur 4 filles :
- Rivka (née en 1917),
- Adja (née en 1919),
- Zlata (en 1926) et
- Balfouria (en 1926),
ils habitent à Paris, avenue d’Italie. Le père ouvre un magasin de maroquinerie.

En 1942, la famille quitte Paris pour Pau, où se trouvent déjà Rivka et son mari. En 1943, Ajda se marie en 1943 avec David SVARTMAN.

La situation devenant préoccupante, Aron LUKSENBERG envisage de quitter Pau pour Grenoble. Entre-temps, il a fait la connaissance d’Antoinette TRIEULET, femme du maire, qui possède une grande ferme à Gaillon (Pyrénées). Elle a trois filles et un fils et elle exploite ses terres, venant vendre fruits et légumes à Pau.

Elle héberge Rivka, Ajda enceinte et leurs maris pendant 9 mois à partir de 1944, assurant leur subsistance, sans aucune compensation financière.
Antoinette TRIEULET a également hébergé Daniel JACOBS et ses parents ainsi que 7 autres familles juives, dont la trace est perdue.

Entre les LUKSENBERG et la famille TRIEULET les liens ont perduré après la guerre."

NB :

- Cette cérémonie a été préparée et menée à bien par Jean Claude Roos, délégué du Comité Français pour Yad Vashem.

P. 152. Mémoire des Justes à Fougerolles

Souvenirs des deux expositions complémentaires sur les Justes de France mais aussi sur les enfants juifs et leurs familles cachés dans le canton de Fougerolles.
A g. : Echo dans Ouest France et discours d'inauguration. A dr. : gros plans de panneaux.
(Mont. JEA / DR).

Fougerolles perpétue la mémoire des Justes du canton ainsi qu'en témoigne la pierre du souvenir élevée sur place par les juifs abrités dans ce coin de terre en Mayenne.
Ce mois de juin, une double exposition a été proposée au public dans l'ancienne mairie :

- 18 panneaux provenant du Mémorial de la Shoah à Paris et rappellent celles et ceux qui sont Justes parmi les Nations, le pourquoi et le comment de leur reconnaissance par Yad Vashem ;

- des documents, photos et témoignages rassemblés patiemment par l'Association "Mémoire et patrimoine de Fougerolles" et qui permettent de mieux comprendre le sauvetage de persécutés ayant trouvé leur salut en Mayenne.

Julien Belaud :

- "La commune a offert un refuge à 33 enfants. A côté, ils étaient 42. Soit plus de 80 dans tout le canton."
(Ouest France, 20 juin 2009).


Dévouements spontanés, engagements profonds : l'initiative prise à Fougerolles relève et participe d'un travail de mémoire toujours renouvelé, amplifié... (DR).